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Il ne fait plus rire. Il n’inspire plus le respect. En roue libre, il dit ce qu’il veut, quand il le veut. Convaincu que personne ne le reprendra, au nom d’une prétendue obligation de déférence à ce que Sir Anerood Jugnauth (SAJ) a été. Jeudi, le ministre Mentor nous a rappelé une nouvelle fois, qu’aussi bien à l’intérieur qu’en dehors du Parlement, il raconte n’importe quoi.

Rappelant d’habitude qu’il a été magistrat pour justifier son opinion sur les questions légales, SAJ a récidivé une nouvelle fois, jeudi dernier. Après avoir dit – visiblement à contrecœur – qu’il devait respecter la décision des magistrats de rayer l’affaire Roches-Noires, l’ancien Premier ministre a néanmoins embrayé illico. «Mo espere isi osi li dir nou fer lapel», a-t-il lancé en disant souhaiter que le Directeur des Poursuites Publiques (DPP) conteste la décision des magistrats de la Cour intermédiaire. Comme pour Pravind Jugnauth, il n’y a pas si longtemps.

SAJ dit toutefois une bêtise. Car l’appel du DPP dans l’affaire Medpoint n’avait rien en commun avec celui que le ministre Mentor exige presque dans l’affaire Roches-Noires. En effet, Pravind Jugnauth avait été condamné pour conflit d’intérêts par la Cour Intermédiaire, puis innocenté par la Cour suprême. Boolell avait subséquemment fait appel pour que la plus haute juridiction du droit mauricien – le Judicial Committee of the Privy Council – se prononce sur l’interprétation de la partie de la Prevention of Corruption Act traitant du conflit d’intérêts. L’appel du DPP a effectivement permis d’avoir une interprétation claire d’une des dispositions de la loi.

Dans le cas de l’affaire Roches-Noires, le commentaire de SAJ pue la partisanerie. Que Satyajit Boolell soit le frère d’un élu travailliste en vue, mais aussi une forte tête a indisposé le gouvernement dès son arrivée au pouvoir. Des déclarations désobligeantes du Deputy Prime minister à l’affaire Sun Tan en passant par l’institution avortée d’une Prosecution Commission ou encore la mise sous tutelle administrative du bureau du DPP par l’Attorney General, le pouvoir en place n’a pas lésiné sur les moyens pour saper l’autorité du titulaire du poste. Sans succès apparent, semble-t-il.

Il faut rappeler que la Constitution prévoit que le DPP «shall not be subject to the direction or control of any other person or authority» dans ses décisions d’intenter ou pas un procès. En tenant d’abord en compte ses chances d’obtenir une condamnation. Et on l’oublie souvent: aussi en consultation et collaboration avec le staff de juristes attachés au bureau du DPP.

C’est ce pouvoir qu’a exercé Boolell, en justifiant parfois sa position en écrit. Le gouvernement voudrait faire croire qu’au nom d’une logique occulte, le DPP a systématiquement agi en solo afin de protéger uniquement des cadres et proches du Parti travailliste.

C’est intellectuellement malhonnête que de prétendre cela. Ne serait-ce que parce que des poursuites ont bien été entamées par le DPP à l’encontre du leader des rouges. Dans d’autres cas, ce sont les ridicules enquêtes policière qui ont mis à mal tout espoir d’un procès pouvant conduire à une condamnation.

Si on ne sait toujours pas si Boolell poursuivra ou pas Ravi Yerrigadoo ou Anil Gayan et Vijaya Sumputh, suite à l’enquête de la commisssion anticorruption sur les pratiques passées au Trust Fund for Specialised Medical Care, il est utile de rappeler d’autres faits.

Boolell a ainsi renoncé à poursuivre le député à la langue bien pendue : Kalyan Tarolah. De même, si le prêt en euro contracté par Vishnu Lutchmeenaraidoo avait suscité une vive polémique nationale et une enquête de l’Independent Commission Against Corruption, le DPP n’avait pas trouvé matière à poursuivre l’ancien ministre des Finances.

Si l’institution du DPP opère dans le cadre constitutionnel, il est bien évidemment concevable que la personne qui occupe la fonction froisse les susceptibilités des uns ou irrite les autres ce faisant. A l’instar de Paul Bérenger, qui avait été très remonté à l’égard du DPP suite à un commentaire de ce dernier sur l’immunité du chef de l’Etat en 2014.

Toutefois, tout responsable politique qui prétend être un homme d’Etat doit savoir placer ce que dit la Constitution au-dessus de ses propres considérations partisanes. En faisant des déclaration à l’emporte-pièce comme jeudi dernier, SAJ, place le DPP dans une position intenable où si ce dernier fait appel: il se condamne à assujettir son autorité aux diktats politiciens. Alors que s’il refuse, il s’attirera – à tort –  de nouvelles accusations d’avoir agi de manière partisane.

Voilà où on en arrive quand un politicien qui aurait dû prendre sa retraite depuis belle lurette continue à déverser ces  mêmes «insanités» qu’il abhorre tant chez ses adversaires.

 

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