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Hyperbole. Le mot est peut être compliqué. Pourtant, il décrit tout simplement une exagération. Comme on en lit/entend souvent : «Untel est le meilleur Premier ministre»; «celui-ci est le pire leader de l’opposition»; «nous vivons la plus grave crise économique de l’histoire»; «telle décision est aussi exceptionnelle que sans précédent»; etc…

Comme toute figure de style, l’hyperbole peut faire mouche si elle est utilisée à escient et avec mesure… aussi bien dans un roman que dans un article d’opinion. Le quidam est libre de ses propos, tant qu’il ne contrevient à aucune loi de la République.

Le journaliste, toutefois, en employant l’hyperbole, se risque à la caricature voire à l’inexactitude. En user juste pour le style, ou en abuser sciemment, c’est risquer ceci : «News journalists aren’t supposed to argue cases or convey feelings. They’re supposed to tell us the facts. You could argue, therefore, that if a news journalist exaggerates, it’s not hyperbole at all; it’s deception». C’est un extrait d’un article d’opinion publié dans The Guardian en juin 2014.

Utiliser l’hyperbole, c’est risquer de faire passer la forme avant le fond. De dénaturer les faits, voire de les travestir. Or, les faits ne peuvent souvent se mesurer, s’apprécier et n’être efficacement rapportés que dans un contexte. Celui de l’histoire et de l’humanité.

C’est le contexte qui donne sa valeur ou son insipidité à un fait. Quelqu’un peut ainsi être millionnaire en dollars…et ne pas avoir de quoi se payer 6 hot dogs à Times Square. Si ce sont des dollars zimbabwéens qu’il s’agit.

Comment arrive-t-on à la conclusion qu’on vit la pire crise de notre histoire…quand celle qui nous attend tous – la crise climatique – sera bien moins contrôlable et plus dévastatrice que celle du Covid-19 ?

Comment juge-t-on qu’un leader de l’opposition ou un Premier ministre on été les pires ou les meilleurs… si on ne compare pas dans la durée leurs performances à celles de leurs prédécesseurs et aux contextes économiques/politiques/sociaux dans lesquels ils ont [ré]agi ?

Pourquoi parler maintenant de l’hyperbole et de son antidote : Le contexte ? C’est parce que nous vivons dans une période de crise. Durant laquelle des décisions ont été prises, des politiques publiques arrêtées, des lois votées.

Dans une semaine, une autre fournée de décisions sera annoncée, puis traduite dans les lois et règlements à travers la Finance Act. Ce sera le premier budget de Renganaden Padayachy, un ministre des Finances attaché à la forme de ce qu’il dit, parfois au détriment du fond.

Ce sera aussi le premier budget sur lequel planera l’ombre de Pravind Jugnauth et non celui de Navin Ramgoolam, Paul Bérenger ou Sir Anerood Jugnauth (SAJ). Plus insidieusement aussi, l’ombre d’une crise dont la nature et l’ampleur sont inconnues des quatre autres personnes ayant dirigé un gouvernement depuis 1968.

Ce discours du budget doit ainsi être étudié et analysé sans tomber dans l’hyperbole. En mesurant chaque annonce à l’aulne du contexte actuel mais aussi – c’est crucial – en tenant compte des conséquences et bienfaits de ces mesures pour les années à venir. Pas en faisant l’un ou l’autre; mais l’un et l’autre.

Deux camps risquent pourtant de s’affronter. D’une part, ceux qui défendront outrancièrement chaque mesure budgétaire, affirmant que c’est le contexte qui a dicté les décisions annoncées…ou l’absence de décisions spécifiques. D’autre part, les belligérants qui choisiront d’ignorer le contexte actuel afin de mieux descendre en flammeas un budget qu’ils décriront comme étant inadapté aux enjeux du long terme.

Un débat «hyperbolisé» à la suite du budget ne mènera qu’à davantage de blocages causés par des réactions d’attaque ou de fuite. Paradoxalement, c’est probablement en temps de crise qu’il faut analyser et étudier les décisions des pouvoirs publics le plus froidement possible et dans le bon contexte.

Qui en sera capable ? Le quidam ? Les politiques ? Les journalistes ?

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