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Il ne fallait pas être un oiseau de mauvais augure pour le prédire. Tôt ou tard, un premier accident mortel impliquant le Metro Express allait survenir. C’est arrivé ce dimanche 23 février. Un jeune à moto, ayant brûlé un feu rouge, a été percuté par le Metro Express ; il en est décédé. Dans ce type de circonstances, les esprits s’échauffent. On cherche à trouver un coupable. Dépendant de là où on se trouve, celui-ci est tout désigné.

Pour un camp, c’est le gouvernement – du Premier ministre au ministre du Métro léger en passant par l’ancien ministre du Transport – qui porte l’entière responsabilité du drame. En face, on rétorquera que par son comportement, le motocycliste s’est lui-même mis en danger et en a payé le prix fort. Les plus cyniques –  non sans raison –  rappelleront qu’ailleurs aussi, des piétons ou automobilistes paient régulièrement de leur vie leur inconscience.

Ce raisonnement binaire simpliste est le plus sûr moyen de s’enliser dans un long et improductif jeu du blâme. Nourri par une flopée d’experts ferroviaires autoproclamés et, surtout, de politiciens qui voient dans ce drame l’occasion de s’en prendre frontalement à Jugnauth sans devoir invoquer d’autres prétextes.

On a d’ailleurs retenu notre souffle en voyant débarquer des membres de l’opposition devant les caméras des confrères venus couvrir en live l’accident dans la soirée de ce 23 février. C’est toutefois avec mesure et décence que le leader de l’opposition Arvin Boolell ainsi que le député travailliste Patrick Assirvaden ont commenté l’accident.

Tandis que fidèle à lui-même, Rajesh Bhagwan en a fait des tonnes. Si le ton du vétéran mauve était politicien, celui de Roshi Bhadain était toutefois à ranger parmi ce qui se fait de pire en matière de populisme de bas étage. Intervenant chez des confrères, le politicien, battu à Beau-Bassin/Petite-Rivière en novembre, a tristement illustré le dicton local «fer politik lor kadav».

Il y a bien néanmoins un cadavre – celui d’un jeune de 27 ans. La question à se poser est donc effectivement : qu’est-ce que le gouvernement a fait pour empêcher que quelqu’un ne perde la vie lors d’un accident avec le Metro Express. Voire d’éviter, tout simplement, des accidents là où les rails croisent des routes – souvent préexistantes.

On nous répondra que le code de la route a été amendé pour prévoir la priorité au Metro Express ; que des feux et panneaux de signalisation spéciaux ont été aménagés aux croisements rails-route ; que des policiers y sont en faction pour gérer le trafic ; que des campagnes de sensibilisation ont été organisées. Des initiatives ont en effet été prises. Mais étaient-elles suffisantes ?

Car depuis l’entrée en service du Metro Express, la question des barrières de sécurité a vite été posée. A la suite du premier accident entre une rame et une voiture, Alan Ganoo, le ministre du Métro léger, a évoqué le sujet. Das Mootanah, le CEO de Metro Express Ltd (MEL), a ensuite laissé entendre que l’installation de barrières de sécurité est envisagée. Devant les craintes exprimées par les riverains du nouveau mode de transport, dont ceux de Barkly, Ganoo a même annoncé l’institution d’un comité technique sur l’installation éventuelle de barrières.

Ces dispositifs additionnels de sécurité n’allaient pas être installés de sitôt. Car il aurait fallu que le comité complète ses travaux et soumette ses recommandations. Que celles-ci soient ensuite avalisées par le gouvernement. Que les appels d’offres nécessaires soient lancés et les barrières installées après des travaux le long du trajet Rose-Hill/Port-Louis. Dans le meilleur des cas, ce trajet aurait été mieux sécurisé vers juin de cette année. Ce qui n’aurait aucunement diminué la probabilité d’autres accidents – potentiellement fatals – impliquant le Metro Express d’ici là.

Fallait-il toutefois attendre qu’un jeune de 27 ans se tue pour qu’on se rende compte de l’obligation de sécuriser davantage les intersections ? Car même si les lois ont été amendées et des panneaux installés, l’irritante indiscipline des Mauriciens sur la route aurait dû conduire nos décideurs à redoubler d’efforts pour sécuriser le croisement entre les rails et la route.

Au sein de l’Union européenne, «le principe de précaution vise à permettre aux décideurs de prendre des mesures de protection lorsque les preuves scientifiques relatives à un danger pour l’environnement ou la santé humaine sont incertaines et que les enjeux sont importants». On se serait attendu à ce que notre gouvernement priorise ce principe. Vu le nombre importants d’inconscients qui s’en tirent avec des entorses plus ou moins graves à notre code de la route. Et surtout à la possibilité bien réelle que ces comportements, aux intersections rails-route, soient désormais fatals.

En tardant à réagir, le gouvernement a donc fauté. En prétendant faire appel au seul bon sens des Mauriciens pour éviter le drame, le gouvernement a fauté. Fautera-t-il encore en tardant à mettre des barrières de sécurité de toute urgence ?

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