Ce titre, emprunté au groupe français Rita Mitsouko, illustre plus ou moins ce que le pays est en train de vivre depuis quelques mois. La population est gagnée par un profond désenchantement face aux personnes et institutions qui ont en elle suscité un fol espoir. Avant de révéler leurs limites trop vite. Impatiente, l’opinion publique se demande ainsi déjà si ces personnes doivent rester en place.

L’égérie déchue. Ameenah Gurib-Fakim avait tout pour bien faire. Apolitique ; scientifique émérite ; ayant la tête de l’emploi, la présidente de la République a également été servie par un contexte favorisant son rayonnement à l’étranger. Sir Anerood Jugnauth étant diminué et absent des grands rendez-vous internationaux, comme la COP 21 à Paris, en décembre 2015, Ameenah Gurib-Fakim a occupé l’avant-scène avec brio. Suscitant l’admiration des diplomates et journalistes étrangers. Jusqu’à trouver sa place sur la liste des 100 femmes les plus influentes au monde du magazine Forbes.

Chemin faisant, la présidente a toutefois commis au moins deux graves erreurs. D’abord, elle a laissé au placard sa rigueur scientifique. Omettant même d’utiliser sa version moins noble – mais néanmoins répandue – chez les politiques : la méfiance. Trop sûre d’elle et de son jugement, imprudente dans la vérification du track record de ceux avec qui elle s’associe, Ameenah Gurib-Fakim a commis une bévue qui lui coûte cher. Ensuite, se considérant un peu trop comme un électron libre, du fait de son apolitisme, la présidente s’est ensuite fait un ennemi. Une partie de l’establishment a ainsi patiemment attendu qu’elle chute. Pour ensuite ne rien faire pour l’aider à se relever, voire même l’aider à rester à terre.

Résultat : l’apolitique Gurib-Fakim n’a été secourue que par ses patrons politiques. De SAJ à Ivan Collendavelloo, seules les têtes d’affiche de l’alliance gouvernementale ont volé à son secours. Pendant ce temps, l’opposition, estimant qu’elle s’est « disqualifiée », pense à déposer une motion de blâme contre elle à l’Assemblée nationale. Alors qu’Álvaro Sobrinho a péniblement et inefficacement tenté de donner sa version des faits sur ses activités à Maurice et le fonctionnement de Planet Earth Institute, la présidente de la République s’est murée dans le silence. Malgré sa promesse d’explication. Or, plus elle tarde à donner sa version, plus l’opinion publique tend à souscrire à la conclusion de Paul Bérenger à son sujet.

Le sage révolu. Les jeux de pouvoirs du tandem Ramgoolam/Bérenger et surtout les turpitudes de l’ancien Premier ministre ont certainement aidé. Mais il faut reconnaître que l’apport de SAJ a été fondamental dans la victoire de l’Alliance Lepep. Toutefois, deux ans après son arrivée au pouvoir, l’ancien Premier ministre, dans un étonnant numéro de lev pake reste, demeure un membre important du gouvernement. Alors même qu’il avait prétexté de son incapacité à assumer la plénitude de ses fonctions de chef du gouvernement pour renoncer au poste.

Depuis des mois, la presse tait pudiquement l’état de santé du ministre mentor. Si celui-ci ne s’est pas, en apparence, détérioré depuis ces derniers mois, le tempérament de SAJ est devenu volcanique. Depuis quelque temps, le ministre mentor semble comme frustré et aigri en permanence. A se demander quelles couleuvres il avale régulièrement ces derniers temps. Irascible, SAJ en devient incontinent verbal. Oubliant trop souvent de se retenir de déverser ses répliques fielleuses et vulgaires.

Ce samedi, l’ancien Premier ministre a même été pris en flagrant délit de mensonge. Quand il a affirmé qu’il n’a pas songé à faire de Roshi Bhadain son ministre des Finances peu après la mise au repos de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Toutefois, SAJ nous a déjà lui-même confirmé avoir envisagé cela, lors d’une conférence de presse. SAJ avait même enclenché les procédures formelles pour installer Bhadain aux Finances. Une manœuvre déjouée in extremis par Pravind Jugnauth.

Si au-delà de son état de santé et de son état d’esprit belliqueux, le ministre mentor commence à être victime de trous de mémoire, quelqu’un doit en tirer les conséquences. Son patron constitutionnel, le Premier ministre et ministre des Finances, gagnerait à savoir à quel moment SAJ passera ­– ou a déjà passé – du statut d’asset pour son gouvernement à celui de liability.

Le mégalo reclus. La commission anticorruption n’a jamais eu bonne presse. Cependant, même si la décision de la Cour intermédiaire a été cassée en appel, l’Independent Commission against Corruption (ICAC) d’Anil Kumar Ujoodha a enquêté sur l’affaire Medpoint et traduit Pravind Jugnauth devant la justice. La commission de Lutchmyparsad Aujayeb a, elle, obtenu une condamnation. Assurant la suppléance d’Aujayeb après le retour de celui-ci au State Law Office, Kaushik Goburdhun a tenu le fort. Suivant le chemin tracé par Aujayeb en résistant aux pressions du pouvoir, notamment lors du début de l’enquête sur Raj Dayal. Ces quelques épisodes avaient lentement mais sûrement commencé à améliorer l’image de la commission anticorruption.

Puis, Navin Beekarry est arrivé. Le premier patron de l’ICAC avait pourtant tout pour réussir. Mais imbu de sa personne, centralisateur et foncièrement konn tou, il a défait le travail abattu par ses prédécesseurs. Forçant la commission à opérer selon un modus chamboulé. Le premier fait d’arme de Beekarry – nous ne parlons pas de ses longs discours où il parle surtout de sa propre personne – est d’ailleurs connu. C’est l’épilogue de l’affaire Euro Loan.

Il y a en effet deux manières de lire le communiqué du Directeur des poursuites publiques annonçant sa décision de ne pas poursuivre Vishnu Lutchmeenaraidoo dans l’affaire du prêt de 1,1 million d’euros à la SBM. Les détracteurs de Satyajit Boolell y verront un positionnement politique. D’autres constateront que le DPP précise que c’est le travail de l’ICAC qui ne lui a pas permis de constituer un dossier à charge suffisamment solide.

Il faut toutefois se demander si dans les semaines à venir, l’ICAC de Navin Beekarry ne va pas opérer avec une assiduité et une célérité retrouvées sur un certain nombre de dossiers… concernant Bhadain. Beekarry avait lancé la campagne l’ICAC pa guet figir. Dans sa furieuse volonté de tout remettre en marche, l’actuel patron de l’ICAC pourrait peut-être renverser ce slogan qu’il a pourtant prôné jadis. Avec quelles conséquences ? On le saura bien assez tôt.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Surtout quand on s’entiche des mauvaises personnes. Le problème, c’est qu’en regardant ailleurs, notamment dans l’opposition, la population n’éprouve pas, non plus, une grande attirance.