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La maladie d’une personne se respecte. Qu’elle soit le cancer d’un quidam ou la bronchite d’un ministre. Voici près d’un mois que les complications de santé de Vishnu Lutchmeenaraidoo le tiennent loin des affaires de l’Etat. Même si certains titres de presse ont fait des photos ‒ volées ou pas ‒ sur des lits d’hôpitaux leur spécialité, personne n’ose imaginer un seul instant que le ministre aurait été harcelé par les médias en quête d’une déclaration sur son prêt.

Étonnamment, malgré sa maladie, l’ancien ministre des Finances et nouveau patron de notre diplomatie maintient une présence médiatique quasi-quotidienne à travers sa page Facebook. Avant, pendant et après la décision de le « remanier » mais aussi après la publication des détails de son prêt de 1,1 million d’euros à la SBM. Sur le réseau social, on a découvert tour à tour, un Lutchmeenaraidoo philosophe, blessé, indigné, voire même un brin vengeur. En voulant communiquer, le ministre a néanmoins surcommuniqué et probablement mal communiqué.

Ainsi, nombreux sont ceux qui s’étonnent de la rapidité avec laquelle l’ancien ministre des Finances a précisé que son prêt n’est que de 400 000 euros, alors que tout indique le contraire. Cette affirmation catégorique équivaut à un quitte ou double. Soit Vishnu Lutchmeenaraidoo a raison sur le montant du prêt ‒ ce qui devra conduire quasiment toute la presse du pays à lui présenter des excuses, avec les conséquences juridiques qui pourraient en découler. Soit les premières conclusions de l’enquête de l’Independent Commision against Corruption confirmeront un prêt de 1,1 million d’euros, prouvant ainsi que Lutchmeenaraidoo n’a pas dit la vérité. Autorisant, du coup, journalistes et le citoyen lambda à se demander sur quoi d’autre l’ancien ministre des Finances a pu ne pas dire toute la vérité.

Le besoin ‒ ou est-ce la compulsion ? ‒ de communiquer de Lutchmeenaraidoo l’a également conduit à commettre une bourde digne de Navin Ramgoolam. Même si l’ancien Premier ministre croyait dur comme fer que « bizin ena klas pou fer saki mo fer », les Mauriciens n’ont que peu apprécié sa propension à collectionner des Aston Martin et des Rolls Royce ou encore à empiler des liasses de billets dans des coffres-forts. Or, en avouant qu’il a contracté un emprunt en euros pour financer ses investissements dans le métal jaune, Lutchmeenaraidoo s’est distancé des préoccupations de ce peuple duquel il jure pourtant être si proche. S’il ne croit pas dans les chiffres de la macroéconomie, l’ancien ministre des Finances semble très porté sur les calculs spéculatifs, concluent ceux qui attendent le 2miracle économique promis.

Puis, il y a ce mot qui est apparu dans les communications virtuelles et à sens unique du ministre : « complot ». Lourd de sens et vaste en conséquence, ce terme n’est pas à utiliser à la volée. Car il implique une ou plusieurs des choses suivantes. Que des cadres de la SBM ont comploté avec des politiques et des journalistes afin de discréditer Lutchmeenaraidoo. Qu’un faux contrat de prêt a été circulé dans la presse et ailleurs. Que la Commission anticorruption est en train d’être instrumentalisée. Que sir Anerood Jugnauth a « remanié » son ancien ministre des Finances sur la base de la « calomnie et l’insulte » véhiculées par les « comploteurs ».

« A week is a long time in politics », dit l’adage. Lutchmeenaraidoo a donc un « long time » de réflexion cette semaine pour se recentrer. Afin de prouver ses dires sur son prêt mais également d’étayer son accusation de complot. Car en ne citant personne jusqu’ici, et solidarité gouvernementale oblige, Lutchmeenaraidoo rend plus ou moins tout le Conseil des ministres coupable, par association, du « complot » contre lui.

Si le ministre des Affaires étrangères ne se ressaisit pas, quelque développement pourrait intervenir durant sa semaine de convalescence additionnelle. Durant laquelle les autres ministres, voire le Premier ministre lui-même, pourraient finir par s’habituer à ne plus travailler avec Lutchmeenaraidoo. Hors-jeu qu’il est, depuis « long time ».

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