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C’était un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Phoenix en ce 1994-là, accueillait pour la première fois, un développement qui redéfinissait alors le paysage de la grande distribution dans le pays. L’hypermarché Continent, devenu aujourd’hui Phoenix Mall, attirait des Mauriciens de tout le pays.

Venus par dizaines de milliers aussi bien y faire leurs courses que pour satisfaire leur curiosité par rapport à ce supermarché d’une taille encore inconnue dans le pays. Un quart de siècle plus tard, la même curiosité mâtinée d’un peu de fascination, conduira de nombreux compatriotes à se rendre ailleurs dans quelques semaines. Plus précisément en 9 lieux entre Rose-Hill et Port Louis.

C’est avec un brin d’arrogance et d’inconscience que les opposants primaires du projet Metro Express donnent l’impression que son entrée en opération sera une sorte de non-évènement. Cette attitude «so what ?» provient du raisonnement selon lequel les métros et trams existent dans de nombreux pays que nos compatriotes visitent. Il n’y a donc pas de quoi s’émerveiller d’un tel projet d’infrastructure à Maurice. Le raisonnement est biaisé.

En 2018, les Mauriciens ont voyagé sur les vols internationaux un peu moins de 300 000 fois. De ce volume, près d’un voyage sur cinq était à destination des Seychelles, de la Réunion et de Madagascar. Si on y ajoute les nombreux voyages d’affaires effectués par les businessmen locaux, on arrive à une conclusion. Moins de 15% des Mauriciens ont voyagé dans un pays où ils ont pris un tram, un métro, un train classique ou à très grande vitesse. La grande majorité de ceux qui voyageront à bord du Metro Express mettront ainsi les pieds dans ce type de transport public pour la première fois de leur vie.

Il y aussi autre chose : l’effet visuel. Les insulaires que nous sommes avons développé une certaine idée de ce qu’est le développement. Pour beaucoup, celui-ci rime avec des immeubles qui champignonnent : comme à Ebène. Pour d’autres, ce sont des infrastructures publiques d’envergure comme le Midlands Dam ou l’autoroute Terre-Rouge/Verdun qui illustrent le progrès.

A compter d’octobre, de nombreux Mauriciens ajouteront un nouvel indicateur de progrès : les rames du Metro Express arpentant les villes. Et surtout, enjambant de manière spectaculaire la route et les voitures passant 10 mètres plus bas – à Pailles et à la Butte par exemple. Les prouesses d’ingénierie sont toujours saisissantes. De nombreux compatriotes utiliseront donc le nouveau mode de transport comme étalon de la modernisation du pays.

C’est bien pour cela que le gouvernement contemple, depuis quelque temps déjà, la gratuité du trajet en Metro Express durant le premier temps de son opération. Xavier Duval pense que c’est pour pallier le service moyen lors de la mise en opération initiale. L’annonce officielle de Pravind Jugnauth sur la gratuité initiale du trajet correspond toutefois à une autre stratégie. Celle d’amener le plus de Mauriciens à découvrir le Metro Express encore flambant neuf. Et développer – espère le gouvernement – une certaine envie de récompenser le parti au pouvoir pour le travail accompli.

En théorie, les choses se passent bien. Dans la pratique, la mise en œuvre de tels projets est généralement accompagnée de quelques couacs. N’étant pas construit entièrement sur pilotis et sur des voies séparées en permanence de la circulation, le Metro Express empruntera un certain nombre de passages à niveau.

L’indiscipline des Mauriciens sur la route est légendaire. On s’en convainc tous les jours à la vue des nombreux motocyclistes et chauffeurs qui semblent obéir à un code de la route anarchiste. La loi de Murphy s’appliquera donc. Puisqu’on a tellement d’usagers imprudents de la route, un d’eux finira par forcer le passage.

Une rame percutera ainsi un piéton ou un conducteur inconscient dans les jours, semaines ou mois suivant l’entrée en opération du Metro Express. Peu importe la gravité de l’accident, ses retombées seront fâcheuses. Opportunément, les adversaires de Pravind Jugnauth crieront alors à un manque de planification potentiellement mortelle.

Il y a une erreur de calcul fondamentale dans le raisonnement selon lequel le Metro Express sera une pièce de choix dans l’argument de vente pour la réélection du gouvernement. Car les Mauriciens ont développé de nouvelles mœurs électorales. Les – piètres – communicants du Premier ministre pensent pouvoir vendre un bilan à la population. Néanmoins le choix sera plus prosaïque lors des prochaines législatives.

En décembre 2014, le pays a avant tout puni Navin Ramgoolam. Cinq ans plus tard, les électeurs voteront contre Pravind Jugnauth ou contre Navin Ramgoolam quand ils se rendront dans l’isoloir. Entre eux, c’est celui qui cristallisera le moins de vote de défiance qui fera gagner son camp. Pas celui qui vantera un bilan ronflant.

Peu importe donc si tous les bater bis du pays se transforment en bater metro pendant un temps. Ce ne sont pas les quelques trajets gratuits en Metro Express qui feront gagner le gouvernement. Les pseudos stratèges du Premier ministre qui lui vendent ce rêve le mènent en tram…encore une fois.

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