
À Maurice, le récent débat sur les véhicules électriques s’est résumé à une seule question : rechargés sur un réseau encore largement alimenté par des combustibles fossiles, émettent-ils autant de CO₂ que les voitures thermiques ? Même si les émissions globales peuvent aujourd’hui être proches dans certains cas, cette comparaison est incomplète. Elle ignore l’efficacité énergétique exceptionnelle du moteur électrique, les économies qu’il procure et son rôle dans la réduction de notre dépendance aux importations de carburants.
Pour l’automobiliste, le premier avantage est financier. Avec l’essence à Rs 64,25 le litre, parcourir 100 km coûte environ Rs 450 pour une voiture consommant 7 litres aux 100 km. Un véhicule électrique, qui nécessite environ 15 kWh pour la même distance, revient à près de Rs 135 avec une recharge domestique de jour et seulement Rs 60 à Rs 75 en heures creuses. La mobilité électrique peut ainsi coûter jusqu’à six fois moins cher.
Mais c’est sur le plan énergétique que l’écart devient saisissant. Un moteur thermique ne transforme en mouvement utile qu’environ 20 % de l’énergie du carburant, le reste étant dissipé en chaleur et en frottements. Le moteur électrique, lui, dépasse généralement 80 % de rendement. Résultat : pour parcourir 100 km, une voiture à essence consomme l’équivalent d’environ 62 kWh d’énergie primaire, contre seulement 15 kWh pour un véhicule électrique. Cette sobriété se traduit directement par des émissions de CO₂ par kilomètre généralement plus faibles, même lorsque l’électricité provient en partie de centrales thermiques, car beaucoup moins d’énergie est nécessaire pour accomplir le même trajet. Dans les embouteillages de Port-Louis ou d’Ébène, l’avantage est encore renforcé : le véhicule électrique ne gaspille pas d’énergie au ralenti et récupère une partie de celle des freinages.
L’enjeu est également stratégique pour le pays. Maurice importe l’intégralité de ses carburants fossiles. Grâce à leur efficacité supérieure, les véhicules électriques permettent de réduire significativement les volumes de combustibles à acheter à l’étranger et donc la sortie de devises. Cette moindre dépendance renforce la sécurité énergétique nationale tout en préparant la transition vers un mix électrique plus propre.
C’est là le dernier atout du véhicule électrique : il s’améliore avec le temps. Une voiture thermique émettra toujours autant de CO₂. À l’inverse, chaque mégawatt d’énergie solaire ou éolienne ajouté au réseau rend instantanément l’ensemble du parc électrique plus vert. À mesure que Maurice progressera vers son objectif de 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, les émissions par kilomètre des véhicules électriques continueront de diminuer, confirmant leur place au cœur de la mobilité de demain.