
Le gouvernement a sorti l’artillerie lourde pour tenter de freiner la hausse du coût de la vie. Parmi les mesures phares du Budget 2026-2027 figure un Price Stabilisation Fund (PSF) doté de Rs 2 milliards, destiné à limiter l’impact de la flambée des prix sur certains produits essentiels. Mais cette stratégie est-elle soutenable ? À la lecture du dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI), publié en juillet 2026, une autre réalité se dessine. L’institution met en garde contre la dégradation des finances publiques mauriciennes et recommande que toute aide face à l’inflation reste temporaire, ciblée et compatible avec un redressement budgétaire.
Une inflation qui repart à la hausse
Après plusieurs mois d’accalmie, la hausse des prix reprend de la vigueur. L’inflation, tombée à 2,7 % en mars 2026, est remontée à 3,6 % dès avril, dans le sillage des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de la hausse des cours mondiaux de l’énergie et des produits alimentaires.
Le FMI s’attend désormais à une inflation d’environ 6,4 % d’ici la fin de 2026. Pour l’institution, il s’agit avant tout d’une inflation importée, sur laquelle Maurice dispose de peu de leviers d’action. C’est précisément pourquoi elle estime que les mesures de soutien doivent rester limitées dans le temps et être réservées aux ménages les plus vulnérables.
Rs 2 milliards suffiront-ils ?
Le PSF vise à protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais face à une hausse des prix alimentée par les marchés internationaux, Rs 2 milliards représentent-ils une réponse durable ? Sans remettre en cause le principe d’un soutien aux ménages, le FMI avertit que les subventions généralisées peuvent rapidement devenir coûteuses et difficiles à retirer une fois mises en place. Elles risquent également de réduire les marges de manœuvre de l’État au moment où les finances publiques sont déjà sous pression.
Le véritable défi : la dette
Au-delà de l’inflation, c’est surtout l’état des finances publiques qui préoccupe le FMI. Après le relâchement budgétaire enregistré durant l’exercice FY2024/25, la dette publique devrait continuer sa progression.
Projection de la dette publique (FMI)
Année Dette (% du PIB)
2024 86,3 %
2025 87,8 %
2026 88,4 %
2027 88,1 %
2028 88,0 %
Source : FMI, juillet 2026.
Le FMI estime désormais que Maurice présente un risque élevé de stress souverain, même si la dette demeure soutenable à condition que le gouvernement mette en œuvre un important programme d’assainissement budgétaire dans les prochaines années. À cela s’ajoute une autre pression : le vieillissement de la population. Les dépenses liées aux retraites représentent désormais près de 9 % du PIB, contre environ 3 % il y a une décennie, réduisant encore davantage les marges budgétaires.
Les fonds hors budget dans le viseur
Autre point de préoccupation : les Extra-Budgetary Funds (EBF). Le FMI relève que les transferts vers ces fonds ont largement contribué au creusement du déficit primaire lors de l’exercice FY2024/25, passé à 6,5 % du PIB, bien au-dessus de l’objectif initial de 1,3 %. Selon l’institution, ces mécanismes, financés en grande partie par des ressources publiques, compliquent la lecture des comptes de l’État et peuvent accroître les risques budgétaires.
Le FMI recommande ainsi leur intégration progressive au budget national, tout en plaidant pour l’adoption d’une Fiscal Responsibility Law, destinée à renforcer la discipline budgétaire et la transparence des finances publiques.
Un équilibre difficile
Le gouvernement fait le choix de soutenir le pouvoir d’achat dans un contexte de vie chère. Le FMI ne remet pas en cause cet objectif, mais rappelle qu’une telle politique doit rester compatible avec la trajectoire des finances publiques. Pour l’institution, la priorité consiste à cibler les aides vers les ménages les plus vulnérables, restaurer progressivement les marges budgétaires et engager les réformes nécessaires pour soutenir durablement la croissance.
Le débat dépasse ainsi la seule enveloppe de Rs 2 milliards. Il pose une question plus large : comment protéger les consommateurs face à une inflation mondiale tout en évitant d’alourdir une dette publique déjà proche de 90 % du PIB ?