
Quarante jours pour faire plier la Russie ? Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé, jeudi 25 juin, sur Facebook, avoir approuvé une “opération de 40 jours pour contraindre l’État agresseur à mettre un terme à la guerre”.
Cette annonce combine un objectif très ambitieux, un calendrier très précis et une absence presque totale de précision détaillant comment y parvenir. Le dirigeant ukrainien s’est contenté de mettre cette opération entre les mains du SBU, le service de renseignement interne ukrainien, et de féliciter l’armée pour ses succès à la fois pour les bombardements à moyenne portée – c’est-à-dire essentiellement contre les infrastructures en Crimée – et à longue portée, à l’image des récentes frappes de drones sur la région de Moscou.
Les services de sécurité aux manettes
Qu’est-ce que l’Ukraine pourrait faire de plus pour obtenir un résultat aussi décisif en si peu de temps ? Le rôle de grand coordinateur attribué au SBU pourrait être une indication de la nature des actions à venir. Le champ d’action de cette agence de renseignement “s’est nettement accru depuis le début de la guerre”, souligne Ryhor Nizhnikau, spécialiste des pays de l’espace post-soviétique à l’Institut finlandais des affaires internationales.
Sur le papier, c’est “une entité chargée avant tout du contre-espionnage”, précise Glen Grant, analyste pour le Baltic International Security Center et fin connaisseur de l’armée ukrainienne. Avec l’invasion russe à grande échelle, le SBU est devenu de plus en plus opérationnel, y compris sur le front.
“Si les activités de renseignement intérieur ne sont pas très populaires auprès de l’opinion publique, le SBU s’est forgé une image d’efficacité et de compétence sur le front”, souligne Ryhor Nizhnikau.
Mais le SBU n’opère pas comme l’armée traditionnelle. “Ils se sont fait connaître avec des actions complexes, comme l’opération ‘Toile d’araignée’ en juin 2025”, note cet expert. Les agents du SBU avaient alors réussi à frapper simultanément plusieurs bases militaires en territoire russe et jusqu’en Sibérie à une époque où les Ukrainiens n’avaient pas encore de drones à très longue distance.
Le lancement de cette grande campagne de 40 jours pourrait ainsi signifier “une hausse des opérations asymétriques et des missions spéciales qui sont la spécialité du SBU”, estime Will Kingston-Cox, spécialiste de la Russie et de la guerre en Ukraine à l’International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.
Éloge de l’unité Alpha
Surtout que Volodymyr Zelensky a spécifiquement loué les prouesses de l’unité spéciale Alpha, l’une des divisions d’élite du SBU, chargée d’organiser les opérations spéciales. “Ils se sont notamment illustrés lors des bombardements et des actions menés contre les installations russes en Crimée”, souligne Glen Grant.
Mais “pourquoi l’annoncer en amont ?”, s’interroge ce spécialiste. Les opérations spéciales menées par des services secrets ont vocation à rester… secrètes. “Sauf si elles sont déjà en préparation depuis des mois”, nuance Will Kingston-Cox. Et encore, pourquoi risquer de mettre l’ennemi en état d’alerte maximum, s’interrogent les experts interrogés par France 24.
Plus généralement, ce type de grande opération se prépare. “Il faut un travail d’organisation intensif en amont pendant au moins un mois ou deux, ainsi que la création de stocks d’équipements et de munitions pour ne pas être soumis aux aléas de demandes quotidiennes. Et il n’y a pas eu de signe, à ma connaissance, suggérant une hausse des importations de pièces détachées ou une montée en régime de la production interne”, constate Glen Grant.
Pour lui, cette annonce du président ukrainien relève plus de l’opération de com’ que de l’opération militaire. Le plus probable est que le président ukrainien a décidé de donner un cadre à l’ensemble des opérations de frappes de drones et de missions spéciales en cours, suggère Ryhor Nizhnikau.
Source: France24