
L’arrivée des plateformes numériques de réservation a bousculé le paysage traditionnel du transport privé. Si les applications séduisent par leur promesse de transparence et de simplicité (paiement dématérialisé, trajet tracé), une question fondamentale se pose pour l’usager mauricien comme pour le visiteur : cette technologie se traduit-elle par un prix juste ?
Une étude comparative menée sur trois itinéraires représentatifs en soirée (départ 20 h 30, retour 22 h 00, véhicule 4 places) met en lumière un écart tarifaire systématique en faveur des taxis traditionnels. Les relevés effectués sur des trajets aller-retour identiques révèlent une réalité tarifaire marquée : les prix proposés par la catégorie Uber Confort s’avèrent 22 % à 53 % plus élevés que ceux pratiqués par les chauffeurs de taxi locaux indépendants.
Pour le trajet aller-retour reliant la gare de Curepipe à l’Urban Terminal de Port-Louis, le service Uber Confort affiche un tarif de Rs 2 444, contre Rs 2 000 pour le chauffeur local I. M. Taxi. Cela représente un écart de Rs 444, soit une majoration de 22,2 % appliquée par l’application. La différence s’accentue nettement sur le parcours Curepipe – New Grove. Alors que N. G. Taxi propose la course à Rs 1 500, la plateforme facture ce même itinéraire Rs 2 298. L’usager débourse ainsi Rs 798 de plus, correspondant à un surcoût conséquent de 53,2 %. Enfin, sur une liaison plus courte mais très fréquentée entre Phoenix et Bagatelle, le taxi R. T. S. traditionnel fixe son prix à Rs 1 200, tandis qu’Uber réclame Rs 1 616. Cet écart de Rs 416 traduit une majoration tarifaire de 34,7 % au profit de l’application.
Trois facteurs principaux permettent de comprendre les raisons de cette différence tarifaire sur le marché mauricien :
En premier lieu, la commission d’intermédiation pèse lourdement sur le coût final. Les applications numériques prélèvent en effet des frais de fonctionnement fixes sur chaque course effectuée. Afin d’assurer un revenu brut décent au chauffeur partenaire, l’algorithme est contraint de répercuter cette marge opérationnelle directement sur le montant facturé à l’usager.
Ensuite, la tarification algorithmique liée au niveau de service accentue cet écart. L’option « confort » intègre un surcoût automatisé calculé à partir de données précises : le modèle et la gamme du véhicule, la durée estimée d’attente, mais aussi la tranche horaire. En soirée, les mécanismes de tarification dynamique ou nocturne gonflent naturellement la facture globale.
Enfin, la flexibilité propre au taxi traditionnel constitue un avantage économique majeur. Maître absolu de son barème, le chauffeur indépendant ajuste son prix en fonction de la réalité du terrain — la distance effective, sa maîtrise des flux de circulation et la relation de confiance établie avec le client. Libéré de tout intermédiaire et de frais d’infrastructure logicielle tierce, il conserve une marge de négociation directe et plus concurrentielle.
Au-delà des chiffres, la comparaison pose des questions d’éthique économique et sociale pour le modèle mauricien. Quand un usager paie Rs 2 298 sur l’application pour un trajet Curepipe–New Grove contre Rs 1 500 auprès d’un taxi local, le supplément de Rs 798 ne va pas nécessairement dans la poche du travailleur. Une part significative est absorbée par les frais de plateforme. La question éthique réside dans la juste rémunération du travailleur mauricien face à un intermédiaire numérique. L’application offre une sécurité perçue : prix affiché à l’avance, absence de négociation et paiement par carte. En contrepartie, elle impose une « prime de commodité ». Les taxis traditionnels, souvent accusés à tort d’opacité, comme dans le récent article sur Imteaz, un chauffeur de taxi qu’ION News avait interviewé, démontrent ici leur compétitivité tarifaire.
L’échantillonnage montre clairement que le taxi traditionnel demeure l’option la plus économique pour les trajets interurbains et périphériques. Si l’application apporte un confort d’usage, le taxi local préserve à la fois le pouvoir d’achat du consommateur et l’économie en direct du circuit court.