
Le Budget 2026-2027 marque un nouveau tournant dans la lutte contre les maladies non transmissibles à Maurice. À compter du 1er octobre 2026, la taxe d’accise sur le sucre passera de 12 à 15 sous par gramme de sucre et son champ d’application sera élargi à plusieurs produits jusqu’ici non concernés, notamment les biscuits, les gâteaux, les confiseries, les wafers, les céréales sucrées, les fruits en conserve, les confitures et les pâtes à tartiner. Pour le gouvernement, cette mesure poursuit un double objectif : améliorer la santé publique et réduire la consommation excessive de sucre. Mais pour les consommateurs et les entreprises, la question est toute autre : cette hausse de taxation permettra-t-elle réellement de lutter contre l’obésité ou contribuera-t-elle surtout à augmenter le coût de la vie ?
Une urgence sanitaire
Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme face à la progression des maladies non transmissibles à Maurice. Le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité figurent parmi les principales causes de décès dans le pays. Selon les chiffres du ministère de la Santé et de plusieurs organisations internationales, Maurice affiche l’un des taux de diabète les plus élevés au monde. Face à cette situation, les gouvernements successifs ont progressivement renforcé la taxation des boissons et produits fortement sucrés afin d’encourager de meilleures habitudes alimentaires. L’augmentation annoncée dans le Budget 2026-2027 s’inscrit dans cette logique.
Les prix vont-ils augmenter ?
Pour les consommateurs, l’impact le plus visible sera probablement celui sur les prix. Les fabricants et importateurs concernés par la nouvelle taxe pourraient répercuter une partie ou la totalité de la hausse sur les consommateurs.
Les produits les plus touchés pourraient être :
* les biscuits ;
* les gâteaux industriels ;
* les bonbons ;
* les chocolats ;
* les confitures ;
* les céréales pour petit-déjeuner ;
* certaines pâtes à tartiner.
Pour les ménages déjà confrontés à la hausse du coût de la vie, cette mesure risque donc d’alourdir davantage le panier de consommation. Les familles à revenus modestes pourraient être particulièrement affectées, dans la mesure où ces produits représentent une part importante des achats alimentaires de nombreux foyers.
Une taxe efficace contre l’obésité ?
C’est la question qui divise les experts. Plusieurs études internationales montrent que les taxes sur le sucre peuvent réduire la consommation de boissons et d’aliments fortement sucrés. Au Mexique, au Royaume-Uni et dans plusieurs villes américaines, des baisses significatives des ventes de produits concernés ont été observées après l’introduction de taxes similaires. Toutefois, les résultats sur l’obésité sont plus nuancés. Certains chercheurs estiment que les consommateurs se tournent parfois vers d’autres produits caloriques non taxés, limitant ainsi l’effet global sur le poids et la santé. D’autres soulignent que les taxes sur le sucre produisent leurs effets les plus importants lorsqu’elles s’accompagnent de campagnes d’éducation nutritionnelle et d’une meilleure promotion de l’activité physique.
Les industriels sous pression
La mesure pourrait également accélérer la reformulation des produits alimentaires. Afin de réduire leur charge fiscale, certains fabricants pourraient être incités à diminuer la quantité de sucre utilisée dans leurs recettes. Ce phénomène a déjà été observé dans plusieurs pays où les entreprises ont adapté leurs produits pour éviter des niveaux de taxation plus élevés. Pour les industriels mauriciens, cette évolution pourrait toutefois représenter un coût supplémentaire en matière de recherche, de développement et de production.
Santé publique contre pouvoir d’achat
Le débat dépasse aujourd’hui la simple question du sucre. Pour les défenseurs de la mesure, il est légitime que l’État intervienne face à une crise sanitaire qui pèse lourdement sur le système de santé et les finances publiques. Pour les critiques, cette taxe constitue avant tout une charge supplémentaire pour les consommateurs dans un contexte où de nombreux ménages peinent déjà à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Le gouvernement mise sur une modification progressive des comportements alimentaires. Reste à savoir si les consommateurs changeront réellement leurs habitudes ou s’ils se contenteront de payer davantage pour les mêmes produits.
Un pari sur le long terme
L’élargissement de la taxe sur le sucre représente l’une des mesures de santé publique les plus ambitieuses du Budget 2026-2027.Son succès ne se mesurera toutefois pas uniquement aux recettes fiscales qu’elle générera, mais surtout à sa capacité à réduire la consommation excessive de sucre et, à terme, à freiner la progression de l’obésité et du diabète à Maurice.
Le véritable test commencera donc le 1er octobre 2026, lorsque consommateurs, industriels et commerçants devront s’adapter à cette nouvelle réalité.

