Le nom de Maeva Ghennam ne vous dira peut-être rien si vous n’êtes fan ni de téléréalité ni des réseaux sociaux. La jeune femme de 24 ans, ex-candidate de l’émission « Les Marseillais vs le reste du monde », est pourtant suivie par plus de 3 millions de personnes sur Instagram et presque autant sur TikTok, l’application phare des adolescents. Depuis plusieurs jours, elle est au centre d’une polémique qui, selon les associations féministes, est un nouvel exemple de la pression exercée sur les corps des femmes.

Jeudi 2 septembre, Maeva Ghennam a posté une vidéo depuis le cabinet de son gynécologue, où elle explique s’être fait « rajeunir le vagin ». « J’ai fait (…) de la radiofréquence et de la mésothérapie sans injection. (…) Je trouve que c’est super important d’avoir un beau vagin. J’ai vraiment de la chance, j’ai vraiment un beau vagin, je n’ai pas les lèvres qui dépassent. (…) C’est trop bien. Là, c’est comme si j’avais 12 ans », se réjouit-elle.

Les propos de la star de téléréalité ont choqué de nombreux internautes qui l’accusent notamment de « sexualiser des enfants de 12 ans » et « d’inciter à la pédophilie ». Beaucoup reprochent aussi à l’influenceuse de « créer des complexes illégitimes » chez les jeunes filles. « Le problème avec ce genre de vidéos, c’est qu’on normalise le fait qu’il n’existe qu’une seule forme de vulve “d’apparence jeune” (apparemment) et avec des lèvres bien “rangées” », détaille la youtubeuse Juju Fitcats, elle-même suivie par 2,8 millions de personnes.

Face à l’ampleur des critiques, Maeva Ghennam a posté une nouvelle vidéo où elle présente des excuses. « Je me suis très mal exprimée. (…) Ce que j’ai dit, c’est très grave. (…) Je ne parlais pas de l’intérieur du vagin, je parlais du maillot », a-t-elle expliqué.

« Attaquons-nous plutôt au patriarcat »

Sans nier la gravité de ses propos, de nombreuses féministes estiment toutefois qu’il ne faut pas hurler avec les loups en accablant Maeva Ghennam. Pour elles, les mots de l’influenceuse illustrent avant tout les injonctions très fortes qui pèsent sur le corps des femmes en général, et sur leurs parties génitales dans ce cas. Le cœur du problème, insistent-elles, c’est qu’une femme se sente obligée de modifier l’apparence de son sexe.

« Quand une femme confond vagin et vulve, et traite son corps comme un objet de performance esthétique à améliorer selon des normes objectifiantes et pédocriminelles, c’est à elle qu’il faut s’attaquer ? Ou au système patriarcal qui lui a inculqué ces notions ? », interroge ainsi l’association Osez le féminisme ! sur Twitter, ajoutant : « Le patriarcat nous divise, nous pousse (…) à [nous] voir comme des rivales, à mépriser les autres femmes pour nous sentir mieux. (…) Attaquons-nous plutôt au patriarcat, et au porno qui a imposé l’épilation intégrale du sexe aux filles et aux femmes, qui nous pousse à détester nos vulves et nos lèvres… ».

Plusieurs internautes ont relayé cette position, comme Nirina, étudiante à Sciences Po, qui juge le discours de Maeva Ghennam « dangereux » mais affirme que la star de téléréalité est aussi « une victime du patriarcat » : « Qu’est-ce qui la pousse à tenir de tels propos ? Peut-être en partie des représentations faussées de ce que doit être une femme. (…) Dire simplement qu’elle est bête, c’est ignorer les mécanismes de domination du patriarcat. »

La vulve « normale » n’existe pas

La polémique a dépassé le cadre des réseaux sociaux. Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté et ex-secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a également réagi. Dans un courrier daté du 4 septembre, adressé à Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, elle écrit : « Cette vidéo me semble poser problème (…) et je m’interroge sur le fait de promouvoir des pratiques chirurgicales spécifiques et non prouvées par des études scientifiques ». « Je souhaite connaître votre position sur cet enjeu fondamental », ajoute la ministre.

Appelée nymphoplastie ou labioplastie, la chirurgie esthétique qui consiste à modifier la forme ou la taille des lèvres vaginales – moyennant 2 500 euros environ – est de plus en plus courante. L’objectif, pour les clientes qui y ont recours : avoir une vulve « parfaite », comprendre avec des petites lèvres qui ne dépassent pas. Un « canon de beauté » largement véhiculé par l’industrie du porno mainstream.

Le problème avec cette image de la vulve « normale », c’est qu’elle n’existe pas : un seul modèle de sexe féminin est omniprésent dans les représentations. De fait, les différentes morphologies sont peu représentées, et donc peu connues. C’est la raison pour laquelle un certain nombre de femmes trouveront leur sexe « horrible », « trop gros » ou « complexant », tout simplement parce que la variété n’est presque jamais représentée.

Ces dernières années, des initiatives ont émergé pour montrer qu’il y a autant de vulves que de femmes. « Je veux célébrer la diversité, offrir un large éventail de représentations de vulves facilement accessible, et encourager la discussion autour de nos corps et de notre sexualité », expliquait ainsi aux Inrocks en juin 2018 l’illustratrice Hilde Atalanta, à l’origine du compte Instagram The Vulva Gallery. On peut également citer le site Labialibrary ou le compte Vagina Guerilla.

Source : lemonde.fr

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