
Introduit le 6 juillet 2012, mis en application le 13 mai 2013 puis supprimé en décembre 2015, le permis à points est de retour sur les routes mauriciennes depuis le 31 janvier 2026. Présenté par les autorités comme un outil destiné à lutter contre les comportements dangereux au volant, le dispositif repose pourtant sur des mécanismes largement similaires à ceux mis en place il y a plus d’une décennie.
À l’époque comme aujourd’hui, l’objectif affiché est le même : améliorer la sécurité routière, responsabiliser les conducteurs et réduire les accidents. Plus de dix ans après sa première introduction, la question se pose toutefois de savoir ce qui distingue réellement cette nouvelle version de celle qui existait déjà de mai 2013 à décembre 2015.
Un système largement inchangé, mais un barème plus détaillé
L’examen des deux dispositifs révèle plusieurs similitudes. Le plafond demeure fixé à 15 points pour les détenteurs d’un permis de conduire et à 10 points pour les titulaires d’un permis provisoire. Les points de pénalité restent valables pendant une période de trois ans et continuent d’être attribués selon une échelle allant de deux à dix points en fonction de la gravité de l’infraction.
Le principe reste également le même : lorsqu’un conducteur atteint le nombre maximal de points autorisés, il s’expose à une disqualification de son permis de conduire.
Toutefois, le barème de 2026 apparaît plus détaillé et couvre un plus grand nombre d’infractions que celui mis en œuvre en 2013. Les infractions sanctionnées par une perte de 2 à 4 points comprennent notamment le non-port ou le mauvais port du casque, l’absence de phares allumés ou de feux arrière, le chargement mal arrimé, le non-respect des passages piétons, un excès de vitesse compris entre 15 et 25 km/h au-dessus de la limite autorisée, la conduite ou le stationnement sur le terre-plein central, la conduite sur trottoir, l’absence de ceinture de sécurité, le franchissement d’une ligne continue, le non-respect des feux rouges, une mauvaise discipline de voie, l’absence de vêtements à haute visibilité pour les motocyclistes et conducteurs d’auto-cycles, les dépassements dangereux, le non-respect des flèches directionnelles, l’utilisation d’un véhicule dangereux, la circulation en sens interdit, le transport d’un enfant de moins de dix ans sur le siège avant, l’absence de clignotants, les pneus usés, les lampes non autorisées, le transport de deux passagers à l’arrière d’une moto ou d’un auto-cycle ainsi que l’absence de triangle de sécurité.
D’autres infractions sont plus lourdement sanctionnées. Le transport de passagers à l’arrière des pick-up et le refus de priorité entraînent une perte de 3 à 6 points. Le dépassement d’un véhicule arrêté à un passage piéton ainsi que les excès de vitesse supérieurs à 25 km/h au-dessus de la limite autorisée sont passibles de 4 à 6 points.
Les courses illégales et les « trial of speed » figurent parmi les infractions les plus sévèrement sanctionnées avec une perte pouvant atteindre entre 8 et 10 points.
L’utilisation d’un téléphone portable au volant fait également l’objet d’un durcissement progressif. Lors de la réintroduction du permis à points le 31 janvier 2026, l’infraction « téléphone en main » était sanctionnée par une perte de 3 à 6 points. Toutefois, lors de sa réunion du 5 juin 2026, le Conseil des ministres a pris note de la promulgation du Road Traffic (Amendment of Schedule) (No. 2) Regulations 2026 portant révision de cette sanction. Depuis le 10 juin 2026, l’utilisation d’un téléphone portable ou d’un microphone tenu en main pendant la conduite entraîne désormais une perte de 5 à 10 points, soit l’une des sanctions les plus lourdes du dispositif.
Cette décision traduit la volonté des autorités de cibler davantage les distractions au volant, régulièrement identifiées comme l’une des principales causes d’accidents de la route.
Hausse des amendes et nouvelles mesures
La réintroduction du permis à points s’accompagne également d’un durcissement des sanctions financières prévues par la Road Traffic Act.
Pour plusieurs infractions graves, les amendes ont été revues à la hausse et peuvent désormais atteindre entre Rs 25 000 et Rs 50 000 pour une première infraction. En cas de récidive, les contrevenants s’exposent à des pénalités beaucoup plus lourdes, pouvant varier entre Rs 75 000 et Rs 200 000 selon la nature de l’infraction.
La conduite sans permis fait partie des infractions les plus sévèrement sanctionnées. Une première condamnation peut entraîner une amende pouvant atteindre Rs 100 000, tandis qu’une récidive peut être passible d’une amende allant jusqu’à Rs 500 000.
Les procédures liées aux Fixed Penalty Notices (FPN) ont également été renforcées. Le non-paiement ou le paiement tardif d’une amende peut désormais entraîner des pénalités supplémentaires ainsi que l’attribution du nombre maximal de points prévu pour l’infraction concernée.
Autre nouveauté introduite en 2026 : un mécanisme de réhabilitation destiné aux conducteurs ayant accumulé entre 10 et 14 points de pénalité. Après avoir suivi avec succès un programme agréé de sensibilisation à la sécurité routière, ils peuvent récupérer jusqu’à trois points.
Une modernisation numérique
La principale nouveauté réside toutefois dans la modernisation du dispositif. Contrairement à la première version du permis à points, appliquée de mai 2013 à décembre 2015, le système réintroduit le 31 janvier 2026 s’appuie davantage sur des outils numériques.
Les conducteurs peuvent notamment consulter leur solde de points à travers l’application mobile KOREK, mise en place pour faciliter le suivi des infractions et des pénalités associées au permis de conduire.
Les autorités estiment que cette digitalisation permettra aux automobilistes de suivre plus facilement leur situation et de prendre connaissance rapidement des sanctions qui leur sont appliquées.
Suspension et annulation du permis
Comme dans l’ancien dispositif, l’accumulation du nombre maximal de points entraîne une disqualification automatique du permis de conduire.
Selon les dispositions en vigueur, cette disqualification peut varier de six à douze mois. En cas de nouvelle disqualification dans une période de 36 mois, le conducteur concerné peut faire face à une annulation complète de son permis et être contraint de reprendre les démarches nécessaires à l’obtention d’un nouveau permis de conduire.
Quel bilan après plus de quatre mois ?
Réintroduit le 31 janvier 2026, le permis à points a été présenté comme l’un des outils destinés à renforcer la sécurité routière et à réduire les comportements à risque sur les routes mauriciennes.
Le 8 mai 2026, à l’occasion de la 8e Semaine mondiale des Nations unies pour la sécurité routière, le ministre du Transport terrestre, Osman Mahomed, a mis en avant une amélioration progressive des indicateurs de sécurité routière. Selon les chiffres communiqués, le nombre de décès sur les routes est passé de 138 en 2023 à 134 en 2024, puis à 124 en 2025.
Le ministre a également indiqué qu’une baisse de 25 % des décès routiers avait été enregistrée en avril 2026, soit quelques mois après la réintroduction du permis à points.
Toutefois, malgré ces indicateurs jugés encourageants par les autorités, le débat demeure ouvert quant à l’impact réel du dispositif. Des accidents mortels continuent d’être enregistrés sur les routes mauriciennes et les infractions telles que les excès de vitesse, l’utilisation du téléphone au volant, la conduite sous l’influence de l’alcool ou de drogues ainsi que les courses illégales restent régulièrement au centre de l’actualité.
Au 28 mai 2026, Maurice avait enregistré 54 accidents mortels ayant causé la mort de 57 personnes depuis le début de l’année.
La question qui se pose désormais est de savoir si les résultats observés s’inscriront dans la durée et dans quelle mesure ils pourront être attribués au retour du permis à points.
Pourquoi réintroduire un système abandonné en 2015 ?
L’un des éléments marquants du débat réside dans le fait que le permis à points avait déjà été retiré en décembre 2015 après un peu plus de deux ans et demi d’application. Plus de dix ans plus tard, le gouvernement a choisi de remettre en place un système dont les fondements demeurent largement inchangés, tout en misant sur une version modernisée, un suivi numérique des infractions et un renforcement progressif des sanctions.
Les seuils restent identiques : 15 points pour les détenteurs d’un permis de conduire, 10 points pour les titulaires d’un permis provisoire et une durée de validité des points fixée à trois ans. Toutefois, les récentes modifications, notamment le durcissement des sanctions liées à l’utilisation du téléphone au volant, témoignent d’une volonté des autorités d’adapter le dispositif aux réalités actuelles de la circulation routière.
Les prochains bilans de la sécurité routière permettront de mesurer l’impact réel du système réintroduit en janvier 2026 et d’évaluer son efficacité dans la lutte contre les comportements à risque sur les routes mauriciennes.

