Trois jours après avoir annoncé le ciblage de la pension de vieillesse, le gouvernement l’a gelé. Depuis, une question s’est installée : qui répond de ce cafouillage ? Trois noms reviennent dans la contestation — le Junior Minister des Finances, Dhaneshwar Damry, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, et la Commission d’experts sur la réforme des pensions. Reste à savoir s’ils en sont les véritables responsables ou les fusibles d’une décision prise plus haut.

Un comité de pilotage qui savait — ou aurait dû savoir
La réforme n’est pas sortie de nulle part. Un comité de pilotage, présidé par le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, en a suivi les travaux. Y siégeaient notamment Ashok Subron et Dhaneshwar Damry, aux côtés d’autres élus. Le rapport intérimaire des experts, daté du 20 mai, lui a été soumis. Difficile, dès lors, pour ses membres de plaider l’ignorance — et c’est pourtant là que se noue la controverse.

Le ministre de la Sécurité sociale a été le premier à prendre ses distances. Après le gel de la mesure, Ashok Subron a soutenu qu’aucune consultation n’avait eu lieu sur le ciblage des revenus, et a mis en cause des personnes non élues qui auraient, selon lui, induit le Premier ministre en erreur, sans toutefois les nommer. Il a également critiqué le fonctionnement de la commission d’experts et indiqué avoir réclamé une réunion sur le dossier dès le 27 mai, obtenue seulement le 16 juin, à quelques jours de la présentation du Budget.

La Commission d’experts, présidée par Ashok Prayag, est ainsi devenue une cible de choix. L’opposition et les syndicats y ont ajouté un soupçon de conflit d’intérêts : selon les questions soulevées au Parlement par le leader de l’opposition, l’un des membres de la commission, l’actuaire Yvan Legris, a obtenu par le biais de sa société un contrat de conseil de plusieurs millions de roupies auprès du ministère des Finances, portant sur les fonds de pension publics, tout en siégeant à la commission. Le Premier ministre a, pour sa part, renouvelé sa confiance aux experts, écarté toute révocation et jugé injuste de leur imputer des décisions de nature politique.

Reste Dhaneshwar Damry. Junior Minister des Finances et membre du comité de pilotage, il incarne le volet budgétaire d’une mesure — le ciblage des pensions — d’abord pensée comme un instrument d’économie, chiffrée par le gouvernement lui-même à plusieurs milliards de roupies. À ce titre, son nom figure parmi ceux que la contestation rattache à la réforme.

L’architecte hors du viseur ?
Au bout du compte, une question dérange. Pendant que la recherche de responsables se concentre sur un junior minister, un ministre de la Sécurité sociale et des experts non élus, celui qui a conçu, chiffré et annoncé la réforme — Premier ministre et ministre des Finances à la fois — présente son revirement comme une preuve d’écoute de la population. Fusibles ou responsables : à trois jours d’intervalle entre l’annonce et le gel, le débat sur les vraies chaînes de décision, lui, ne fait que commencer.