
Le mouvement raëlien du Burkina Faso – branche locale du mouvement de Raël, considéré en France comme sectaire – a récemment lancé une campagne pour la construction d’une ambassade des extraterrestres dans le pays d’ici à 2035. Un projet parfaitement en phase avec la politique “souverainiste” des autorités, affirme le représentant local du mouvement, mais qui n’a pour l’heure pas reçu l’approbation du gouvernement.
L’affaire pourrait prêter à sourire, mais elle semble être prise très au sérieux. Le 30 juin dernier, le journal de 13 h de la Radio Television du Burkina (RTB) se faisait l’écho d’un nouveau projet qui pourrait voir le jour au Burkina Faso : la construction d’une ambassade pour accueillir les extraterrestres.
Lancée par le mouvement raëlien du Burkina – branche locale du mouvement fondé par le Français Claude Vorilhon, alias Raël, considéré comme sectaire dans l’Hexagone –, cette initiative vise à placer le pays sous la protection des “Elohims” (le nom attribué aux extraterrestres), afin de garantir le bonheur et la paix mondiale.
Un projet de nature à “accélérer” l’agenda souverainiste du gouvernement, tout en apportant la prospérité au pays, selon le guide local du mouvement, le Dr Ditalamane Hebie. Car la construction d’une telle ambassade entraînerait un afflux massif de touristes et d’énormes retombées économiques, assure-t-il.
Le mouvement raëlien est né en France, près de Clermont-Ferrand, de la prétendue rencontre de son fondateur avec un extraterrestre en 1973. Ce dernier aurait donné à Claude Vorilhon – ancien chanteur et journaliste sportif automobile – le nom de “Raël” et expliqué l’origine extraterrestre de la vie sur la planète Terre.
En France, le mouvement, qui promeut également le clonage humain, l’eugénisme ainsi que la libération sexuelle, est considéré depuis le milieu des années 1990 comme un mouvement sectaire et demeure sous la surveillance de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
“Même s’il n’y a pas eu de procès visant directement Raël, de nombreux témoignages concordants rapportés par la presse l’incriminent et plusieurs membres du mouvement ont été condamnés en France pour corruption de mineures”, indique Pascale Duval, présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi). “La doctrine est par essence problématique puisqu’elle prône ‘l’éveil sexuel’ chez les enfants”, ajoute-t-elle.
En 2025, une ancienne adepte du mouvement, Lydia Hadjara, a publié un livre accusant Claude Vorilhon de l’avoir contrainte à être son “esclave sexuelle” durant des années. Elle a également déposé une plainte pour viols et tortures sur mineure contre le fondateur du mouvement ainsi que deux autres membres.
L’intéressé, qui vit désormais au Japon, a réfuté ces accusations et porté plainte pour diffamation contre Lydia Hadjara. Cette dernière a été relaxé début juin. Très critiqué en France, Raël s’exile au Canada dans les années 1990, où son mouvement grandit tout en attisant les mêmes controverses.
Si son influence semble depuis avoir diminué en Occident, le mouvement revendique toujours une présence dans plus de 120 pays grâce à son système pyramidal : un mouvement international, dirigé par Claude Vorilhon, qui fédère des mouvements nationaux puis des groupes locaux, animés par des “guides-évêques”, comme le Dr Ditalamane Hebie au Burkina Faso.
Parmi cette constellation de fidèles, l’Afrique, que Raël présente comme le futur de l’humanité, occupe une place particulière. Car ce dernier aime à rappeler dans ses discours les souffrances que lui ont infligé l’Occident, appelant les États à se défaire des vestiges de l’esclavage et de la colonisation, et plus particulièrement du christianisme.
En 2006, le mouvement passe à la vitesse supérieure. Par le biais de son organisation Clitoraid, il lance un programme pour les femmes excisées en Afrique destiné à parrainer des opérations de chirurgie réparatrice, sobrement intitulée “Adopte un clitoris”. “La cause apparaît bien sûr comme noble. Mais derrière cette façade, il s’agit surtout pour Raël de promouvoir son agenda, à savoir une libération sexuelle totalement débridée”, analyse Pascale Duval.
Ce projet doit se concrétiser en 2014 avec l’ouverture de la “clinique du plaisir”, centre médical de 2 000 m2 construit dans la banlieue de Bobo-Dioulasso, seconde ville du Burkina Faso, près de laquelle le mouvement possède déjà un terrain et organise des stages.
Mais à quelques jours de l’inauguration, il capote : le gouvernement retire l’autorisation d’ouverture, affirmant craindre que la clinique ne serve de “couverture pour convertir les gens vulnérables”. L’affaire jette alors un sérieux coup de froid entre le mouvement et les autorités, qui révoquent dans la foulée les licences de ses médecins. Depuis sa création, le mouvement raëlien s’est donné pour mission de préparer l’arrivée des extraterrestres sur Terre. Mais pour que les Elohims se dévoilent au grand jour, il doit leur avoir préalablement construit une ambassade.
“Ce projet a toujours fait partie de la mission”, rappelle Pascale Duval. “Les extraterrestres ont créé l’homme sur Terre, les raëliens considèrent donc qu’ils vont revenir un jour et il leur faut un lieu digne de ce nom pour les accueillir.” Depuis des décennies, le mouvement tente de concrétiser ce projet, envisagé en France, au Canada, au Portugal ou bien encore à Jérusalem, sans jamais voir le jour.
Alors pourquoi renaît-il aujourd’hui au Burkina Faso ? “Comme tous les mouvements prosélytes, le mouvement raëlien est très attentif aux dynamiques politiques locales”, souligne Pascale Duval. “Il considère peut-être aujourd’hui que le terrain est plus fertile pour propager ses idées.”
Depuis le coup d’État de septembre 2022, le pays est dirigé d’une main de fer par le capitaine Ibrahim Traoré, qui a érigé la souveraineté en priorité et rompu les liens avec l’ancienne puissance colonisatrice. Un allié tout trouvé pour Raël qui revendique un engagement panafricaniste révolutionnaire et critique, par ailleurs, la démocratie électorale.
À l’occasion de la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) – réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous trois dirigés par des juntes –, les raëliens du Burkina avaient relayé en octobre 2023 un message de Claude Vorilhon exprimant son “soutien inconditionnel” à cette nouvelle organisation. Il préconise alors une intégration de l’Alliance au sein des Brics, ainsi que l’ouverture de bases militaires chinoises et russes sur le continent, afin de dissuader toute velléité de retour des anciens colonisateurs.
Pour l’heure aucun dirigeant de l’AES ne s’est officiellement exprimé sur le mouvement raëlien. Mais au Burkina Faso, le projet d’ambassade des extraterrestres a reçu un accueil pour le moins attentif des médias. Ironie du sort, ce sujet a refait surface quelques jours à peine après l’annonce par les autorités de la rupture des relations diplomatiques avec la France.
Après le reportage qui lui a été consacré à la télévision publique, le Dr Ditalamane Hebie a été longuement interviewé, le 5 juillet, sur la chaîne de télévision privée BF1, parmi les plus regardées du pays, qui a même diffusé une vidéo expliquant les étapes de la construction du projet. Parmi les sujets abordés, l’expérience personnelle du guide raëlien, qui affirme avoir lui-même vu les ovnis à Ouagadougou alors qu’il était lycéen, mais uniquement de loin. Si son projet aboutit, il sera cette fois aux premières loges pour leur grand retour.
Source : France 24