En ce mois de juin 2026, les chiffres publiés par la Water Resources Commission (WRC) confirment ce que les météorologues et hydrologues anticipaient depuis des mois : les réservoirs du pays sont à 65,4 % de remplissage au 5 juin 2026, contre 84,4 % à la même date en 2025. Une chute de presque 20 points de pourcentage en un an, alors même que l’on bascule à peine dans la saison sèche australe.

Les statistiques officielles des réservoirs mauriciens pour la période mai-juin sur trois années consécutives parlent d’elles-mêmes. En février 2024, les réservoirs affichaient un taux de remplissage de 92,6 %. L’île semblait à l’abri. La saison des pluies avait été généreuse. Personne ne parlait de sécheresse dans les couloirs du gouvernement.

2025 : L’année de la rupture
C’est la rupture. En l’espace de douze mois, la situation s’est effondrée. Le 21 février 2025, les relevés officiels révèlent un taux de remplissage moyen de seulement 38,2 % — contre 92,6 % à la même date un an plus tôt. Un effondrement de 54,4 points. Début mai 2025, les pluies tardives permettent une légère remontée : 64,9 % de remplissage global. En cette même période, les réservoirs clés affichent des niveaux relativement rassurants : Mare-aux-Vacoas à 82,6 %, La Nicolière à 95,2 %, Piton-du-Milieu à 89,3 %, Midlands à 98,1 %.

2026 : Nouvel épisode inquiétant
2026 se profile comme un nouvel épisode inquiétant. En février 2026, une amélioration notable est observée par rapport au creux de 2025 : le taux global atteint 69,5 % (64,12 millions de m³ stockés contre 35,44 mm³ un an plus tôt). Midlands remonte à 75,8 %, Bagatelle à 85,4 %. Une embellie de courte durée. Car dès mai 2026, la tendance s’inverse brutalement. Les données de fin mai 2026 révèlent un remplissage global de 66,4 %, contre 87,4 % à la même période en 2025 — soit un déficit de 21 points. Et à la date du 5 juin 2026, l’inquiétude monte d’un cran.

La première quinzaine de mai 2026 est officiellement classée comme la quatrième première quinzaine de mai la plus sèche des 20 dernières années, avec seulement 38 mm de précipitations, soit 46 % de la moyenne à long terme. La région Ouest n’a enregistré qu’un mm — soit 4 % de la normale. Et pour couronner le tout, la saison estivale 2025-2026 dans son ensemble n’a totalisé que 889 mm de précipitations, soit 66 % de la moyenne saisonnière historique (1 352 mm).

Pourquoi cette vulnérabilité structurelle ?
La population est passée de 479 000 habitants dans les années 1950 à plus de 1,26 million à ce jour. À cela, s’ajoutent les fuites dans le réseau de distribution d’eau. Et l’île ne dispose que de sept réservoirs principaux pour alimenter l’ensemble du territoire. Structurellement, 30 % de l’approvisionnement en eau provient des réservoirs, 20 % des prises de rivière et le reste des aquifères particulièrement vulnérables à la surexploitation en saison sèche. Le réseau de la CWA, avec ses 4 500 km de canalisations, souffre de pertes techniques et commerciales.

Des travaux qui n’avancent pas
Le Conseil des ministres du 22 mai 2026 a bien noté que les travaux du « Pipe Replacement Programme » — un programme de remplacement des conduites principales à Chemin Vingt-Pieds et Grand-Baie, financé par une ligne de crédit de Rs 2,9 milliards accordée par le gouvernement indien — ne débuteront qu’en octobre 2026. En pleine période de vigilance hydrique, alors que le réservoir Mare-aux-Vacoas descend sous les 47 %, le gouvernement annonce des travaux dans cinq mois…