
Coup de théâtre judiciaire ce lundi 8 juin 2026 : la Financial Crimes Division de la Cour intermédiaire a ordonné l’arrêt des poursuites (stay of proceedings) engagées contre l’ancien Premier ministre Navinchandra Ramgoolam dans le cadre de l’affaire dite des « coffres-forts ». La décision, rendue par la présidente B.R. Jannoo-Jaunbocus et le magistrat A.R. Tajoodeen, vient clore — du moins en première instance — un dossier vieux de plus de onze ans.
23 chefs d’accusation balayés
L’ancien chef du gouvernement faisait face à 23 chefs d’accusation sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) pour avoir prétendument accepté des paiements en espèces excédant Rs 500 000 ou leur équivalent en devises. Étaient en cause 1 700 000 USD retrouvés dans 17 paquets de billets de 100 dollars, ainsi que Rs 6 millions en liasses de 1 million de roupies — autant d’éléments saisis lors de la perquisition à son domicile, le 7 février 2015.
Une procédure jugée entachée d’« abus »
Dans un ruling particulièrement sévère pour les enquêteurs de l’époque, la Cour a estimé que la poursuite du procès « heurterait son sens de la justice et de la propriété ». Les magistrats ont relevé que la cascade d’arrestations et de chefs provisoires lancée contre Ramgoolam dans les mois suivant sa défaite électorale de décembre 2014 n’était rien de moins qu’une opération visant à « get the man at all costs and by all means » — « coincer l’homme à tout prix et par tous les moyens ».
La Cour pointe particulièrement :
La non-enquête de la police sur les allégations contenues dans le célèbre affidavit Dufry (signé en février 2015 par Simo Carevic et Thomas Galet, qui affirmaient avoir été menacés pour produire des preuves de corruption contre Ramgoolam)
L’absence d’investigation sur les déclarations de l’accusé mettant en cause un membre du Cabinet de l’époque qui aurait « activement suivi et conseillé la police »
Le rôle de l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury dans cette séquence
Pour les juges, laisser ce procès se poursuivre reviendrait à donner l’impression que « la fin justifie tous les moyens ». La Cour insiste : son rôle est aussi de garantir que tout citoyen mauricien puisse bénéficier d’une enquête policière indépendante et impartiale.
Le DPP annonce déjà un appel
L’affaire n’est toutefois pas close. Le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel de cette décision devant la Cour suprême.

