
La Banque de Maurice (BoM) dresse un tableau plus prudent de l’économie mauricienne. Dans son Monetary Policy Report – June 2026, publié cette semaine, la banque centrale abaisse sa prévision de croissance pour 2026 à 2,8 %, contre une estimation précédente comprise entre 3,3 % et 3,5 %, estimant que la flambée des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et le ralentissement du commerce mondial pèseront sur l’activité économique.
Au-delà du simple ralentissement de la croissance, le rapport met en garde contre une réalité qui touchera directement les Mauriciens : la consommation des ménages devrait s’affaiblir. Selon la BoM, la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires devrait réduire le pouvoir d’achat, limitant ainsi les dépenses des familles. Les entreprises pourraient également repousser certains investissements en raison de l’incertitude qui règne sur les marchés internationaux.
Cette révision intervient dans un contexte marqué par l’escalade du conflit au Moyen-Orient, qui a entraîné une hausse des prix du pétrole, des coûts du fret maritime et des matières premières. Pour une économie fortement dépendante des importations comme Maurice, ces facteurs alimentent l’inflation importée et accentuent les pressions sur les coûts de production.
Malgré ces défis, la Banque souligne que l’économie mauricienne a fait preuve de résilience en 2025 avec une croissance estimée à 3,2 %, soutenue notamment par le tourisme, les services financiers et la consommation des ménages. Les services devraient d’ailleurs continuer à porter l’économie en 2026, en particulier le tourisme, les services financiers, le commerce de gros et de détail ainsi que les technologies de l’information et de la communication.
Les indicateurs récents restent également encourageants. Les arrivées touristiques ont progressé de 3,2 % entre janvier et mai, tandis que le taux de chômage est tombé à 5,4 % au quatrième trimestre de 2025, son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans. La demande de main-d’œuvre demeure soutenue dans plusieurs secteurs, notamment grâce au recours à la main-d’œuvre étrangère.
En revanche, la Banque estime que les tensions inflationnistes sont loin d’être terminées. Elle prévoit une inflation moyenne de 5,5 % en 2026, soit au-dessus de sa fourchette cible de 2 % à 5 %. En mai, l’inflation annuelle atteignait déjà 4,3 %, portée principalement par les prix de l’électricité, du carburant, des transports et de certains biens de consommation.
Face à cette situation, le Comité de politique monétaire a décidé en mai d’augmenter le Key Rate de 25 points de base, le portant à 4,75 %. La BoM estime qu’une intervention rapide est nécessaire pour éviter que les hausses de prix ne s’installent durablement dans l’économie et ne finissent par alimenter une spirale inflationniste.
La banque centrale prévient enfin que les risques restent orientés à la baisse pour la croissance et à la hausse pour l’inflation. Une prolongation des tensions géopolitiques, des prix élevés du pétrole ou de nouvelles perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient freiner davantage l’économie mauricienne dans les mois à venir.