
Les chiffres publiés par Statistics Mauritius, dans son bulletin du 11 mars 2026, ne laissent plus de place au doute. Au 31 décembre 2025, la population du pays était estimée à 1 241 856 habitants — soit 2 621 personnes de moins en un an (-0,21 %). Maurice ne se renouvelle plus, et derrière cette baisse se cache une réalité que vivent des milliers de familles : faire un enfant coûte désormais trop cher.
Les chiffres clés
- Population totale : 1 241 856 (-2 621 résidents en un an)
- Taux de fertilité (2024) : 1,44 enfant par femme (seuil de renouvellement : 2,1)
- Solde migratoire net : -3 186 résidents
Le pays compte un peu plus de naissances que de décès — 13 250 contre 12 685, soit un excédent de 565. Mais ce léger surplus est effacé par les départs : le solde migratoire est négatif, à -3 186 résidents. En clair, des Mauriciens qualifiés s’en vont, pendant que ceux qui restent hésitent à fonder ou à agrandir leur famille. Le mal est ancien, mais il s’aggrave. Maurice est passée sous le seuil de renouvellement des générations — 2,1 enfants par femme — dès 1985. Depuis, la chute est vertigineuse : de 2,04 enfants par femme en 1997 à seulement 1,44 en 2024. Le pays affiche désormais des niveaux comparables à ceux du Japon (1,22), de l’Italie (1,21) ou du Canada (1,34) — des économies très développées, mais qui disposent, elles, de filets sociaux que Maurice n’a pas.
Pourquoi les jeunes couples renoncent-ils ? Il suffit de regarder leur quotidien. Entre l’inflation, le coût du logement, la flambée du panier de la ménagère et les dépenses de santé et d’éducation, avoir un enfant est devenu un luxe pour la classe moyenne comme pour les ménages modestes. La priorité, aujourd’hui, c’est de tenir financièrement. Difficile, dans ces conditions, de parler de croissance quand une partie de la population n’a plus les moyens d’assurer sa propre descendance.
Les données le confirment : on fait des enfants de plus en plus tard. En 2014, les naissances étaient les plus nombreuses chez les femmes de 25 à 29 ans ; en 2024, ce pic s’est déplacé vers les 30-34 ans. Les jeunes repoussent le moment de fonder un foyer, en attendant une stabilité financière qui tarde à venir.
Autre signe des temps : le foyer à un seul revenu a quasiment disparu. La part des mères au foyer est tombée de 42,3 % en 2014 à 23,7 % en 2024. Aujourd’hui, 55,9 % des naissances sont le fait de mères qui travaillent. Il faut deux salaires pour maintenir un ménage à flot — au détriment du temps et de l’énergie qu’il reste pour élever les enfants, dans un pays où les structures de garde abordables manquent cruellement.
Maurice perd des habitants, vieillit vite et voit sa natalité s’installer durablement à la baisse. Derrière les chiffres, un malaise profond : pouvoir d’achat en berne, incertitude économique et perte de confiance en l’avenir. La vraie question est là : face à cet hiver démographique qui s’installe, quelle est la stratégie du gouvernement, alors que le débat public reste focalisé sur la réforme des pensions ?