
Le rapport officiel de Statistics Mauritius, Economic and Social Indicators, numéro 1936, publié en juin 2026, offre une analyse détaillée du marché du travail pour le premier trimestre 2026. Issue de la Continuous Multi-Purpose Household Survey (CMPHS), cette analyse présente un portrait nuancé de l’économie mauricienne. Si les indicateurs globaux témoignent d’une stabilité macroéconomique sur un an, l’examen des données fait émerger des déséquilibres structurels persistants et met en lumière le défi majeur du pays : la transition démographique et le vieillissement de sa population.
Au premier trimestre 2026, le marché du travail mauricien affiche une dynamique globalement positive sur une base annuelle (T1 2025 – T1 2026), malgré une contraction saisonnière par rapport au trimestre précédent. Le taux de chômage brut s’établit à 5,7 % (contre 6,0 % un an plus tôt), un chiffre qui descend à 5,4 % après désaisonnalisation, traduisant une amélioration par rapport aux 5,7 % enregistrés au premier trimestre 2025. Sur un an, la population active s’est renforcée de 4 200 personnes pour atteindre 587 000, portée par une hausse de 0,5 point du taux d’activité, désormais fixé à 59,2 %.
Cette progression s’accompagne d’une création nette de 6 100 emplois (pour un total de 553 700 personnes occupées) et d’une diminution du nombre de chômeurs de 1 900 personnes, ramenant leur total à 33 300. En revanche, l’évolution trimestrielle par rapport au quatrième trimestre 2025 souligne un repli conjoncturel : le marché enregistre une perte de 7 200 emplois, une hausse de 1 500 chômeurs (faisant repasser le taux brut de 5,4 % à 5,7 %) ainsi qu’un recul net de la participation féminine au marché du travail, dont le taux d’activité chute de 1,2 point pour s’établir à 49,3 %.
Derrière les moyennes nationales se cachent de profondes disparités démographiques et éducatives qui traduisent une intégration encore très incomplète des femmes au marché du travail. En effet, leur taux d’activité plafonne à 49,3 %, bien loin des 70,0 % observés chez les hommes, tandis qu’elles subissent un chômage nettement plus élevé (7,5 % contre 4,3 %). Cette fragilité structurelle se confirme parmi les 403 800 personnes hors de la population active : les femmes y représentent une nette majorité (64,7 %, soit 261 300 personnes), la moitié d’entre elles (49,9 %) étant déclarées au foyer.
Bien qu’en baisse par rapport au T1 2025 (19,8 %), le taux de chômage chez les jeunes s’établit à 19,1 % au T1 2026, représentant 12 100 individus. L’écart de genre y est prononcé : le taux atteint 22,2 % pour les jeunes femmes contre 16,8 % pour les jeunes hommes. De plus, 19 % de l’ensemble des chômeurs mauriciens sont de jeunes célibataires à la recherche d’un premier emploi.
Les données mettent en évidence un décalage structurel marqué entre la qualification des demandeurs d’emploi et les besoins du marché. D’un côté, la main-d’œuvre peu qualifiée peine à s’insérer, 52 % des chômeurs ne possédant pas le School Certificate (SC) ou un diplôme équivalent, et 12,6 % n’ayant même pas achevé l’enseignement primaire (CPE/PSAC). De l’autre côté du spectre, les diplômés de l’enseignement supérieur représentent 22,5 % des personnes sans emploi, illustrant un phénomène préoccupant de sous-emploi ou de chômage frictionnel chez les plus qualifiés.
Les données récentes de Statistics Mauritius mettent en lumière une question démographique cruciale pour le pays : la contraction de la population adulte et ses répercussions économiques. Entre les premiers trimestres de 2025 et 2026, la population âgée de 16 ans et plus est passée de 993 000 à 990 800 personnes, soit une perte nette de 2 200 adultes en seulement un an, un recul directement lié au vieillissement de la population et au faible taux de fécondité.
Cette évolution accentue la pression sur le marché du travail, car plus de 40,7 % des adultes recensés (soit 403 800 individus) sont inactifs, un groupe largement dominé par les retraités et personnes âgées (58,5 % des hommes inactifs et 25,5 % des femmes inactives), ce qui alourdit le ratio de dépendance économique. Pour combler ce déficit structurel de main-d’œuvre, le pays s’appuie de plus en plus sur les travailleurs étrangers, dont le nombre est passé de 26 700 en 2022 à 28 100 en 2025. En parallèle, l’économie poursuit sa tertiairisation rapide : le secteur des services concentre désormais 77,1 % des emplois, devançant largement le secteur secondaire (18,2 %, dont 9,6 % dans la manufacture) et le secteur primaire (4,7 %).
Si les données du premier trimestre 2026 confirment la résilience du marché du travail à Maurice, les défis structurels demeurent. L’absorption du chômage des jeunes, l’augmentation du taux d’activité des femmes et l’amélioration des qualifications constituent des leviers essentiels. Cependant, l’évolution du marché du travail reste désormais étroitement liée à la question démographique : face à la baisse de la population en âge de travailler, la pérennité du modèle économique mauricien dépendra de gains de productivité, de réformes de l’emploi et d’une gestion ciblée de la main-d’œuvre étrangère.