
« Autour de Rs 14 milliards de thon transformé sont actuellement exportées chaque année », a déclaré le ministre de l’Économie bleue, Arvin Boolell, lors d’une rencontre interactive organisée le 8 juin 2026 à Rose Hill dans le cadre de la Journée mondiale de l’océan. À cette occasion, il a réaffirmé l’ambition de faire de l’économie bleue un moteur de croissance susceptible de contribuer à plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB).
Pourtant, ce discours est loin d’être nouveau. Dès le début des années 2000, les autorités mauriciennes mettaient déjà en avant le potentiel du thon et de l’économie océanique. En 2009, le gouvernement soulignait la nécessité de mieux valoriser les ressources de la Zone économique exclusive (ZEE). Quatre ans plus tard, le concept d’« Ocean Economy » figurait parmi les principaux axes de diversification économique du programme gouvernemental. En janvier 2015, un ministère de l’Économie océanique, des Ressources marines, de la Pêche et du Shipping était même créé afin d’accélérer le développement du secteur.
Les atouts du pays sont connus. Avec une ZEE d’environ 2,3 millions de kilomètres carrés, l’une des plus vastes d’Afrique, Maurice dispose d’un espace maritime considérable. Sa position stratégique au cœur de l’océan Indien est régulièrement présentée par les autorités comme un avantage compétitif majeur pour le développement de la filière thonière.
Toutefois, les données de la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) et les statistiques du ministère de la Pêche pour la période 2022-2024 révèlent une réalité plus nuancée. Si Maurice s’est effectivement imposée comme une plateforme régionale de transformation, de conditionnement et d’exportation du thon, une part importante de la matière première traitée localement continue de provenir de navires étrangers.
Autrement dit, le pays bénéficie principalement des activités à valeur ajoutée associées à la transformation industrielle, aux services portuaires, à la logistique et au transbordement. En revanche, sa participation à la pêche industrielle hauturière demeure relativement limitée au regard de l’immensité de son espace maritime.
Lors de son intervention, Arvin Boolell a lui-même reconnu l’appauvrissement des ressources halieutiques dans le lagon et invité les pêcheurs à s’orienter davantage vers la pêche en haute mer. Cette stratégie est défendue depuis plusieurs années, mais sa mise en œuvre se heurte à des contraintes persistantes : coûts élevés des embarcations adaptées, investissements importants en équipements, hausse du prix du carburant, besoins en formation spécialisée et impératifs de sécurité en mer.
Dès lors, un constat s’impose. Malgré une ZEE parmi les plus vastes de la région et des exportations annuelles de plusieurs milliards de roupies liées au thon, Maurice peine encore à développer une flotte nationale capable d’exploiter pleinement les ressources de son propre espace maritime.
Plus de vingt ans après les premières ambitions affichées autour de l’économie océanique, le défi reste donc largement le même : transformer un immense potentiel maritime en une capacité nationale de production et de capture, plutôt que de se limiter principalement à la transformation des ressources pêchées par d’autres.

