
Depuis hier, les nouveaux prix du thon en boîte circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias. Mèmes, vidéos TikTok et publications virales se multiplient autour d’un produit pourtant bien ancré dans les habitudes alimentaires mauriciennes. La rougaille thon ou la salade de thon avec du piment font partie du quotidien de nombreux foyers.
La polémique ne porte toutefois pas uniquement sur le thon. Celui-ci est devenu le symbole d’une politique de soutien au coût de la vie que beaucoup jugent insuffisante face à la hausse plus large des dépenses quotidiennes.
Un soulagement limité sur le budget mensuel
Depuis le 1er juillet, le thon en conserve bénéficie d’une réduction de prix grâce au Price Stabilisation Fund (PSF), au même titre que d’autres produits tels que le corned-beef, le corned-mutton, les macaronis, les lentilles, les haricots rouges et certains aliments pour bébés.
La question centrale n’est pas de savoir si le prix a baissé, mais dans quelle mesure cette baisse modifie réellement le budget des ménages. Pour un foyer consommant 8 boîtes par mois, l’économie réalisée représenterait environ Rs 200 mensuellement. De nombreux internautes estiment que ce gain reste trop faible pour changer leurs habitudes de consommation ou compenser d’autres dépenses en hausse.
Sur le plan économique, le thon en conserve semble relever d’une demande relativement peu sensible au prix : une baisse modérée ne conduit pas nécessairement à doubler la consommation. Elle réduit légèrement la facture alimentaire, sans transformer les comportements d’achat.
Le contraste avec les autres dépenses
C’est précisément ce contraste qui alimente les critiques. Alors que certains produits alimentaires deviennent moins chers grâce au PSF, d’autres postes de dépense continuent d’augmenter. Les internautes citent notamment les médicaments et d’autres biens essentiels dont les prix demeurent orientés à la hausse. Pour de nombreux ménages, l’impression dominante est donc celle d’un allègement ponctuel dans un contexte de pression générale sur le pouvoir d’achat.
La hausse des matériaux de construction
À partir du 1er juillet, les matériaux de construction ont également connu une hausse de 6 %. Cette augmentation pourrait avoir des effets plus larges que la baisse observée sur certains produits alimentaires. Une hausse du ciment, de l’acier ou d’autres intrants se répercute généralement sur les devis des entrepreneurs, les coûts de rénovation et les projets de construction résidentielle. Les ménages déjà engagés dans des travaux pourraient voir leurs dépenses augmenter, tandis que ceux qui envisagent une construction pourraient être amenés à revoir leur budget ou leur financement bancaire.
L’enjeu économique devient alors celui de la taille relative des effets : quelques roupies économisées sur des produits subventionnés peuvent être rapidement absorbées par une augmentation plus importante des dépenses de logement ou de construction.
Une inflation qui reste élevée
Les données publiées par Statistics Mauritius montrent que l’indice des prix à la consommation est passé de 111,0 points en avril à 111,9 points en mai 2026, soit une hausse mensuelle de 0,8 %. Dans le même temps, l’inflation globale a atteint 4,30 % en mai 2026, alors que la Banque de Maurice visait un ancrage autour de 3,5 %. Les prévisions annuelles ont été révisées à 5,5 %.
Ces chiffres suggèrent que les pressions inflationnistes dépassent largement quelques produits alimentaires. Les subventions peuvent atténuer le coût de certains articles ciblés, mais elles ne suffisent pas à neutraliser l’ensemble des hausses qui touchent le panier de consommation des ménages.
Au-delà du thon
Le débat actuel révèle donc une question plus large : comment les ressources publiques doivent-elles être utilisées pour soutenir le pouvoir d’achat ? Les partisans du PSF peuvent faire valoir qu’une baisse, même modeste, reste préférable à l’absence totale d’intervention. Les critiques, eux, considèrent que l’impact demeure marginal face à l’augmentation du logement, de la construction, des médicaments et d’autres dépenses essentielles.
Au fond, le thon en conserve n’est peut-être pas le véritable sujet. Il est devenu le symbole d’un sentiment plus large : celui d’un pouvoir d’achat sous pression, malgré des mesures de soutien ciblées.