
Les scènes d’agressivité sur les routes mauriciennes semblent se multiplier. Insultes, intimidations, coups de klaxon, conducteurs qui descendent de leur véhicule pour en découdre… Face à cette montée de tension, le gouvernement a décidé d’agir.
Le 6 mars 2026, le Conseil des ministres a annoncé que les incidents de road rage seraient intégrés au futur projet d’amendement de la Road Traffic Act. Dans le même temps, le ministère du Transport terrestre a annoncé le lancement d’une Enquête nationale sur la civilité et le comportement routier, menée en collaboration avec Cerebro Ltd et Etiquette Africa, afin d’identifier les principales sources de tension sur les routes mauriciennes et de mieux orienter les futures politiques publiques.
Plusieurs mois après cette annonce, aucune information n’a toutefois été rendue publique concernant l’état d’avancement de cette enquête, sa méthodologie, le nombre de personnes interrogées ou encore les premiers enseignements qui pourraient déjà être tirés. Autant de questions qui demeurent, alors que les conclusions de cette étude pourraient servir de fondement à de futures politiques publiques en matière de sécurité routière.
Pourtant, comprendre les causes du phénomène est probablement aussi important que de le sanctionner.
Lutchmee (prénom d’emprunt) a accepté de partager avec nous une expérience qu’elle n’est pas près d’oublier.
Alors qu’elle circulait avec ses deux jeunes enfants installés à l’arrière de son véhicule, elle s’est engagée au petit rond-point de Buswell Avenue, à Quatre-Bornes, en venant d’une route secondaire. Selon son récit, une voiture arrivant à vive allure a brusquement freiné avant que son conducteur ne descende de son véhicule et ne se place devant sa voiture, l’empêchant de repartir.
Par réflexe, elle a immédiatement verrouillé les portières.
Pendant que l’épouse du conducteur lui demandait de laisser tomber, celui-ci s’est approché de la vitre pour lui reprocher de ne pas avoir suffisamment regardé avant de s’engager dans le rond-point. La discussion est restée verbale, mais la présence de deux enfants à l’arrière rendait la situation particulièrement angoissante.
Ne souhaitant pas que la situation dégénère, Lutchmee a finalement présenté ses excuses afin de mettre un terme à la confrontation. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’autre automobiliste est remonté dans son véhicule et est reparti.
Cette scène n’a duré que quelques minutes. Pourtant, elle illustre une réalité que de nombreux Mauriciens disent vivre de plus en plus souvent : le moindre incident de circulation peut désormais dégénérer en confrontation.
Les faits divers relayés ces derniers mois montrent d’ailleurs que les altercations entre automobilistes ne sont plus exceptionnelles. Certains incidents se limitent à des échanges d’insultes, tandis que d’autres débouchent sur des menaces, des coups, voire des dégradations de véhicules.
La réponse des autorités est aujourd’hui essentiellement législative. Mais une question demeure : qu’est-ce qui pousse des automobilistes ordinaires à perdre totalement leur sang-froid ?
Est-ce simplement un manque de civisme ? Ou faut-il également regarder du côté des embouteillages quotidiens, de la pression professionnelle, du stress, de la fatigue, de l’impatience, de l’état de certaines infrastructures, de comportements dangereux sur la route ou encore d’un sentiment d’impunité ? Sans une analyse sérieuse des causes profondes, il sera difficile d’apporter des solutions durables.
C’est précisément ce que l’enquête nationale annoncée par le ministère est censée permettre de comprendre. Selon les autorités, elle doit recueillir les expériences des automobilistes, des motocyclistes, des piétons et des usagers des transports publics afin d’identifier les principales sources de conflit sur les routes mauriciennes.
Car si une nouvelle loi peut sanctionner les comportements agressifs, seule une meilleure compréhension des causes permettra peut-être d’éviter que ces scènes ne se reproduisent. Aujourd’hui, nombreux sont les automobilistes qui estiment que les routes mauriciennes sont devenues un lieu où la moindre erreur, ou même un simple malentendu, peut rapidement se transformer en confrontation.