Avec l’élimination du Maroc en quarts de finale face à la France, l’aventure des sélections africaines à la Coupe du monde 2026 a pris fin cette semaine. La rédaction de France 24 fait le bilan de la participation des représentants du continent, avec son consultant Xavier Barret.

Contrairement à 2022, l’Afrique ne s’invitera pas dans le dernier carré de la Coupe du monde. Si le Maroc a une nouvelle fois été le dernier représentant de la Confédération africaine dans le tournoi planétaire, il s’est incliné cette fois en quarts de finale, à nouveau contre la France (0-2). Derrière cette performance, les neuf autres équipes n’ont pas démérité. À l’exception de la piteuse Tunisie, l’intégralité des sélections africaines se sont extraites des poules pour disputer les seizièmes de finale. Passage en revue des performances africaines en compagnie de Xavier Barret, consultant pour France 24 sur cette Coupe du monde.

Xavier Barret : Il faut comparer ce qu’il est possible de comparer. On avait certes neuf pays africains en seizièmes de finale mais si on regarde les huitièmes, on en a plus que deux, comme il y a quatre ans au Qatar. En quarts de finale, il ne reste que le Maroc, comme il y a quatre ans. Donc on ne peut pas vraiment dire qu’il y a eu un progrès phénoménal du football africain. Mais il y a eu effectivement des résultats intéressants et encourageants.

Si on compare aux autres confédérations et les pays qui sont passés de la phase de groupes aux seizièmes, on peut dire que l’Afrique par rapport aux autres se stabilise. L’Asie s’effondre, l’Amérique du Sud lève le pied et l’Europe reste maîtresse de la compétition.

Les performances des 10 équipes africaines :

La Tunisie : phase de poules
L’Afrique du Sud : 16es de finale
La RD Congo : 16es de finale
La Côte d’Ivoire : 16es de finale
Le Sénégal : 16es de finale
Le Cap-Vert : 16es de finale
L’Algérie : 16es de finale
Le Ghana : 16es de finale
L’Égypte : 8es de finale
Le Maroc : quarts de finale

XB : Le Cap-Vert, c’est le coup de cœur de tout le monde. Qu’il soit là, c’est presque anormal. C’est un tout petit pays, de 500 000 habitants, mais ils ont gagné leur qualification sur le terrain face à un Cameroun pas au niveau. En plus, la moitié de leurs joueurs est née là-bas, on ne peut pas en dire autant de la RD Congo ou du Maroc.

C’est une sélection qui a été bâtie depuis 15 ans, avec des joueurs en fin de cycle, à l’image de Vozinha, et qui ont utilisé leur expérience pour tenir tête à l’Espagne et aux autres sélections. Ils ont bousculé l’Argentine championne du monde. Chapeau à eux ! Maintenant, le plus dur commence. Il va falloir continuer. Ils ont peu de ressources, très peu de réservoir de joueurs vu la taille du pays. Ça va être compliqué. Mais l’aventure qu’ils ont vécue, c’était déjà magnifique.

En seizièmes de finale, sept équipes sont passées à la trappe dont plusieurs en s’effondrant en fin de rencontre : comment expliquer cette faillite commune dans les derniers instants ? XB : Je pense que ce n’est pas propre aux sélections africaines. C’est un concours de circonstances qui fait qu’effectivement dans la même minute, plusieurs matches basculent.

Mais, en réalité, si on regarde bien, c’est de plus en plus le cas. Les matches durent plus longtemps. De 90 minutes, on est passés à 100 ou 105 minutes de jeu. Ce temps additionnel fatigue les équipes. Certes, avec cinq changements, tu peux changer la moitié de ton équipe, mais ça reste une période plus délicate à gérer que par le passé. Avant, un entraîneur pouvait juste jouer la montre, maintenant il faut l’envisager différemment. Quand on voit ce qui s’est passé avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire, il y a eu des erreurs de coaching. Il y a des domaines où ces pays doivent progresser, c’est certain.

XB : Ce sont des contre-performances. Le Sénégal était en huitièmes de finale au Qatar, là il s’arrête en seizièmes. Certes, il a eu un premier tour difficile, avec une défaite contre la France et une défaite contre la Norvège. Ça aurait pu leur servir d’avertissement, parce qu’ils avaient un repêchage qu’ils ont bien assuré contre l’Irak. Je pense que Pape Thiaw est le seul responsable, même si on peut lui trouver des circonstances atténuantes avec l’environnement défavorable mis en place par la fédération sénégalaise. Mais pour ce qui concerne le terrain, le sélectionneur a accumulé les mauvais choix. Quand on a une équipe vieillissante, il faut savoir faire tourner l’effectif. Le Sénégal n’a pas su valoriser au niveau Coupe du monde ce qu’il avait pu montrer avec le même entraîneur à la Coupe d’Afrique des nations.

La Côte d’Ivoire, elle, est arrivée bien préparée, avec un effectif costaud, rajeuni et des choix clairs, à l’image du rappel de Nicolas Pépé. Ils ont fait une bonne phase de groupes avec cette victoire contre l’Équateur, cette courte défaite contre l’Allemagne et la victoire contre Curaçao. Mais le seizième de finale contre la Norvège est un peu incompréhensible. Par exemple, les Ivoiriens ont eu 14 corners, qu’ils ont tous joués directement dans la surface : c’était des récupérations gratuites pour les Norvégiens, vu la taille et la supériorité de leurs défenseurs.

Je pense qu’il y a eu pour le Sénégal et la Côte d’Ivoire une forme de naïveté, un manque de vécu des deux entraîneurs. Par rapport à un Didier Deschamps ou un Rudi Garcia par exemple. C’est une expérience qu’il faut prendre. Et pour le moment, c’est leur sélection qui fait figure de cobaye. Le Maroc n’a pas répété son exploit de 2022 mais échoue en quart de finale contre la France. Est-ce un échec ? Ou une réussite pour être passée d’outsider à une équipe capable d’imposer son jeu ?

XB : C’est quand même une bonne Coupe du monde pour le Maroc. On en attendait davantage contre la France, parce que lors de leur premier match, ils avaient fait une prestation remarquable contre le Brésil, où ils auraient mérité de gagner. Mais ils étaient peut-être fatigués, avec des blessés comme Ismael Saibari et Chadi Riad, auxquels on peut ajouter les forfaits de Ez Abde et de Nayef Aguerd avant la compétition. L’équipe était amoindrie.

Il faut noter qu’il y a eu un choix de Mohamed Ouahbi de rajeunir cette équipe. Seuls huit joueurs de l’épopée au Qatar étaient là, seuls 15 joueurs de la CAN étaient reconduits. Il a beaucoup régénéré cette équipe depuis son arrivée en mars. En arrivant en quarts de finale et en perdant contre cette équipe de France, le Maroc a fait une bonne Coupe du monde.

Source : France 24