« Une nouvelle pierre mémorielle dans un long chemin de reconstruction » : dans l’émotion, le Parlement a approuvé mardi 16 juin l’adoption définitive d’une loi de réparation au bénéfice des mineurs réunionnais déplacés dans l’Hexagone entre 1962 et 1984, plus de 2 000 enfants arrachés à leurs terres.

Avec un vote unanime au Sénat, quelques mois après un vote identique à l’Assemblée nationale, le Parlement français entend reconnaître les torts de l’État dans ce scandale du XXe siècle. Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique visait officiellement à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales comme la Creuse, département ayant accueilli le plus d’enfants, d’où le surnom de ces mineurs parfois baptisés « enfants de la Creuse ».

Mais dans les faits, ce furent des jeunesses interrompues soudainement, des changements d’état civil brutaux, voire des maltraitances ou humiliations à l’origine de profonds traumatismes pour ces enfants initialement placés au sein de l’Aide sociale à l’enfance. Ces mineurs étaient de tous âges, avec des nouveau-nés comme des adolescents. En résumé, « des milliers de trajectoires bouleversées par l’exil, par la séparation des familles, par la rupture brutale avec une terre, avec une langue, avec une filiation », a détaillé la ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou, saluant l’adoption d’un « texte de justice et de dignité » qui touche aux « parts d’ombre » de l’histoire de France.

Élue de La Réunion, la socialiste Audrey Bélim a aussi souligné la situation des proches de ces enfants déracinés, « des parents qui ont attendu en vain le retour de leurs enfants et des familles marquées pour toujours par le silence, l’incompréhension et parfois la honte ».

Parmi ces enfants exilés, Marie-Germaine Périgogne, devenue depuis lors présidente de la Fédération des enfants déracinés des Drom. Adoptée en 1969 après un placement en famille d’accueil, séparée de ses frères et sœurs, elle pense durant des années s’appeler Valérie, être née dans la Creuse. Elle ne découvre qu’à 16 ans un document d’identité lui révélant ses vraies racines, et ne retrouve son vrai nom qu’après une longue bataille avec l’état civil.

Source : France 24