Complot présumé, rapports truqués, avions immobilisés une centaine de fois : le Premier ministre a détaillé, mardi, le contenu du rapport Kroll sur la gestion d’Air Mauritius entre 2014 et 2024. C’est en répondant à une question du député travailliste Nitish Beejan que Navin Ramgoolam a levé le voile sur les conclusions de l’audit indépendant commandé au cabinet Kroll. Le tableau qu’il dresse dépasse largement le communiqué prudent publié trois jours plus tôt par le conseil d’administration d’Air Mauritius.

Premier chiffre choc : la vente de quatre Airbus, ayant entre 12 et 23 ans, aurait coûté Rs 1,2 milliard à la compagnie nationale. Le Premier ministre situe ces transactions entre 2018 et 2021 — une fourchette qui déborde du mandat même de l’enquête Kroll, laquelle porte officiellement sur cinq appareils (deux A340-300, deux A319-100, un A330-200) vendus spécifiquement durant la période d’administration volontaire de 2020-2021. Il manque donc, dans le décompte du Premier ministre, soit un appareil, soit une explication sur ce chiffre de quatre au lieu de cinq, et sur cette période élargie à 2018. Le montant exact des transactions, lui, reste confidentiel — clauses contractuelles obligent.

Deuxième volet : la flotte, forte de 11 appareils, aurait été clouée au sol une centaine de fois en dix ans, pour des raisons techniques, un manque de pièces détachées et de moteurs de rechange, et des difficultés d’approvisionnement. Sur la même décennie, 11 avions sont venus grossir la flotte — un acheté, dix loués — sans que les coûts de ces opérations ne soient rendus publics.

Le point le plus lourd de conséquences concerne l’achat d’un Airbus A350-900 supplémentaire en 2023. Selon Navin Ramgoolam, de faux rapports auraient été soumis pour justifier ce choix, alors que d’autres analyses internes recommandaient un A330, jugé plus rentable. Le chef du gouvernement va plus loin en évoquant un possible complot criminel : d’anciens hauts cadres auraient favorisé un prestataire au détriment de la compagnie et des autres soumissionnaires. Il annonce également des poursuites potentielles pour négligence contre d’anciens administrateurs, concernant en particulier la vente d’un A330-200 durant la période d’administration volontaire.

Sur le plan procédural, rien de nouveau par rapport à la position du conseil d’administration : les dossiers jugés problématiques seront transmis à la Financial Crimes Commission et à la police, avec en parallèle des recours civils et des procédures disciplinaires à l’étude. Reste une question que ni le communiqué du 29 juin ni l’intervention parlementaire n’ont tranchée : pourquoi ce rapport, qui concerne une compagnie d’intérêt public financée en partie par l’État, n’a-t-il pas été rendu public dans son intégralité ni débattu comme tel au Parlement ?