L’annonce de la nomination de Maurice comme membre suppléant du Conseil de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) pour la période 2027-2028 constitue une reconnaissance diplomatique importante. Mais cette visibilité internationale contraste avec une réalité énergétique qui demeure largement dominée par les combustibles fossiles.

Selon les dernières données publiées par Statistics Mauritius dans son rapport Energy and Water Statistics 2025, les énergies fossiles importées représentaient encore 90,8 % des besoins énergétiques primaires du pays. Le charbon et les produits pétroliers continuent ainsi d’assurer l’essentiel de l’approvisionnement énergétique national.

Le constat est tout aussi frappant en matière de production d’électricité. En 2025, 82,2 % de l’électricité produite provenait de sources non renouvelables, principalement du charbon et du fioul, tandis que les énergies renouvelables ne représentaient que 17,8 % du mix électrique.

Ces chiffres restent loin des objectifs affichés par les autorités. La cible de 60 % d’électricité produite à partir de sources renouvelables, annoncée à plusieurs reprises puis reportée au fil des années, demeure hors de portée à ce stade. Dans le même temps, la dépendance aux centrales thermiques et aux producteurs indépendants d’électricité (Independent Power Producers – IPPs) continue de structurer le système énergétique mauricien.

Une reconnaissance diplomatique…

La présence de Maurice au Conseil de l’IRENA permettra au pays de participer davantage aux discussions internationales sur la transition énergétique, d’accéder à une expertise technique et de contribuer à l’élaboration de bonnes pratiques, notamment en matière de contrats d’achat d’électricité (Power Purchase Agreements – PPA).

Cette nomination peut également renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs dans les énergies renouvelables.

…mais des attentes fortes sur le plan national

Sur le terrain, les défis restent toutefois considérables. Malgré les annonces successives contenues dans les budgets 2025/2026 et 2026/2027 en faveur du solaire, de l’éolien et de la biomasse, la part des énergies renouvelables progresse lentement.

Les consommateurs continuent, eux, de supporter des coûts énergétiques élevés. Selon les données officielles, le prix moyen de vente de l’électricité s’établissait à Rs 7,54 par kWh en 2025.

Dans ce contexte, plusieurs interrogations demeurent : où en sont les investissements annoncés pour accélérer la transition énergétique ? Comment réduire durablement la dépendance au charbon et au fioul ? Et surtout, à quel rythme les ménages pourront-ils réellement bénéficier d’une production d’électricité plus propre et moins dépendante des fluctuations des marchés internationaux ?Les Mauriciens n’allument pas leurs lampes avec des discours. Ils les allument avec une électricité qui provient encore majoritairement du charbon et du fioul. Tant que cette réalité ne changera pas, les succès diplomatiques auront du mal à masquer le retard de la transition énergétique sur le terrain.