
L’intelligence artificielle (IA) s’impose comme l’un des axes majeurs du Budget 2026-2027 présenté le 19 juin 2026 par le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam. Entre la création d’une zone économique spéciale dédiée aux technologies émergentes à Côte-d’Or, des mesures de soutien à l’innovation et la volonté affichée de positionner Maurice comme un pôle technologique régional, le gouvernement mise clairement sur l’économie numérique pour stimuler la croissance future.
Mais derrière ces ambitions se cache une question qui préoccupe de plus en plus de travailleurs : l’intelligence artificielle créera-t-elle davantage d’emplois qu’elle n’en supprimera ?
Selon le Fonds monétaire international (FMI), publié en janvier 2024, près de 40 % des emplois dans le monde pourraient être affectés par l’IA. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime toutefois que cette technologie transformera davantage les métiers qu’elle ne les remplacera complètement.
À Maurice, la question est particulièrement sensible. L’économie repose largement sur les services, notamment les centres d’appels, les services financiers, le secteur des TIC, l’externalisation des processus d’affaires (BPO) et les activités administratives. Or, plusieurs de ces secteurs figurent parmi les plus exposés à l’automatisation.
Aujourd’hui déjà, des outils d’intelligence artificielle sont capables de rédiger des rapports, analyser des données, traduire des documents, produire du contenu marketing ou répondre aux demandes des clients. Des tâches autrefois confiées à des employés débutants peuvent désormais être réalisées en quelques secondes.
Les jeunes diplômés pourraient être parmi les premiers concernés. De nombreux postes d’entrée de carrière reposent sur des tâches administratives, de recherche ou d’analyse de base, précisément celles que l’IA exécute de plus en plus efficacement. Selon le Forum économique mondial, 41 % des employeurs interrogés à travers le monde envisagent une réduction de certains effectifs en raison de l’automatisation liée à l’intelligence artificielle.
Pour autant, l’histoire économique montre qu’une révolution technologique ne détruit pas uniquement des emplois. L’arrivée des ordinateurs et d’Internet a supprimé certaines professions, mais a également donné naissance à de nouveaux métiers. Les spécialistes en cybersécurité, les analystes de données, les développeurs d’applications ou encore les gestionnaires de plateformes numériques sont autant d’exemples de professions qui étaient pratiquement inexistantes il y a quelques décennies.
C’est précisément sur cette dynamique que mise le gouvernement. Le développement de l’intelligence artificielle pourrait générer une demande accrue pour des ingénieurs spécialisés, des analystes de données, des experts en cybersécurité, des développeurs de solutions automatisées ou encore des spécialistes en gouvernance numérique.
Le véritable défi sera toutefois celui des compétences. Sans investissement massif dans la formation et la requalification professionnelle, une partie de la main-d’œuvre risque de se retrouver dépassée par l’évolution technologique. Les entreprises, les universités et l’État devront travailler de concert afin de préparer les travailleurs aux exigences de cette nouvelle économie.
La future zone économique spéciale de Côte-d’Or constitue à cet égard un test majeur. Si elle attire des investissements de qualité et favorise l’émergence d’un véritable écosystème technologique, elle pourrait devenir un moteur de création d’emplois qualifiés. Dans le cas contraire, Maurice pourrait se retrouver confrontée à un décalage entre les compétences disponibles localement et les besoins des entreprises du secteur.
L’intelligence artificielle ne représente donc pas uniquement une avancée technologique. Elle constitue un enjeu économique et social majeur. Pour Maurice, la question n’est plus de savoir si l’IA transformera le marché du travail, mais si le pays sera capable d’accompagner cette transformation et d’en tirer pleinement parti.
Les emplois de demain se créeront probablement grâce à l’intelligence artificielle. Le défi sera de s’assurer que les travailleurs mauriciens soient prêts à les occuper.

