
Faraz Rojid, CEO de Mauritius Finance, n’a pas tardé à réagir après l’annonce de l’augmentation des frais de licence des sociétés du Global Business par la Financial Services Commission (FSC) à partir du 1er juillet 2027, soit d’au moins 35 %. Certaines de ces hausses, selon les catégories, seront de 200 % à 400 % d’après les estimations de Mauritius Finance.
Ci-dessous la déclaration de Faraz Rojid :
« Après plus d’une année, nous regrettons que le résultat se traduise, selon notre analyse, par une augmentation moyenne d’environ 35 % des frais de licences, certaines catégories enregistrant des hausses comprises entre 200 % et 400 %. De telles augmentations modifient profondément le coût de faire des affaires à Maurice. Au-delà des chiffres, c’est la trajectoire qui nous interpelle.
Pour la deuxième année consécutive, le secteur du Global Business est appelé à absorber de nouvelles augmentations de coûts. L’année dernière, les frais d’incorporation et d’enregistrement ont été doublés. Cette année, le Budget annonce également le doublement des frais applicables aux Tax Residence Certificates, en plus des nouvelles hausses des frais de licences.
À un moment donné, il est légitime de se poser une question simple : jusqu’où peut-on continuer à augmenter le coût de faire des affaires sans affecter la compétitivité de Maurice ? Maurice est en concurrence permanente avec Singapour, le Luxembourg, Dubaï, les Îles Caïmans, Jersey et d’autres centres financiers internationaux. Ces juridictions cherchent toutes à attirer les mêmes investisseurs, les mêmes fonds et les mêmes structures que nous. Dans cet environnement hautement concurrentiel, chaque décision qui augmente les coûts influence inévitablement les arbitrages d’investisseurs entre les différentes juridictions.
En agissant ainsi, nous risquons de mettre en péril la contribution essentielle de ce secteur à l’économie mauricienne. Le secteur financier contribue presque 13 % au PIB, représente 60 % des recettes de l’impôt sur les sociétés, soit presque MUR 15,4 milliards, soutient 20 000 emplois et constitue une source importante de devises pour le pays. En fragilisant sa compétitivité, nous prenons le risque de compromettre ces contributions, mais aussi la croissance économique, le développement du centre financier Mauricien et les flux de devises qui alimentent notre économie.
Prenons l’exemple des Authorised Companies : les frais applicables à cette catégorie augmentent d’environ 300 %. Maurice compte aujourd’hui 6 366 Authorised Companies. Étant donné que les coûts annuels comparables demeurent largement inférieurs dans plusieurs juridictions concurrentes, le manque à gagner direct pour le gouvernement mauricien, uniquement par rapport aux frais de licences, pourrait atteindre près de MUR 129 millions annuellement. Cette question ne se limite pas au montant des nouveaux frais.
Si ces structures décident quitter Maurice, c’est sans compter l’ensemble des retombées économiques associées, car elles font travailler des sociétés de gestion, des banques, des cabinets d’audit, des cabinets d’avocats et de nombreux autres prestataires de services. Ces activités soutiennent des emplois qualifiés, génèrent des recettes fiscales et contribuent aux entrées de devises, et peuvent être chiffrées à MUR 1,4 milliard.
Par ailleurs, ces structures s’inscrivent généralement dans des groupes internationaux plus larges et sont fréquemment détenues par des trusts dans le cadre de structures de gestion de patrimoine. Lorsqu’une entité est redomiciliée, c’est souvent l’ensemble de la structure qui est réexaminée. C’est également le positionnement de Maurice comme juridiction de référence en matière de private wealth qui sera affecté.
Nous devons nous interroger sur le signal que nous envoyons aux investisseurs internationaux. Cherchons-nous à maximiser les recettes à court terme, au risque de fragiliser notre attractivité à long terme ? »
À noter que dans le Budget 2025/2026, le gouvernement a annoncé deux mesures ayant un impact direct sur le secteur du Global Business : le doublement des frais d’incorporation et d’enregistrement applicables aux sociétés et autres entités juridiques, entré en vigueur en janvier 2026, et une révision du barème des frais de licence de la FSC.
Contrairement à la première mesure, la révision des frais de licence de la FSC a fait l’objet d’un exercice de consultation. Dans ses observations soumises le 20 mars 2026, Mauritius Finance a notamment attiré l’attention sur le fait que toute augmentation des coûts liés aux licences, lorsqu’elle s’ajoute aux frais d’incorporation, aux coûts d’audit, aux dépenses de conformité et aux autres obligations réglementaires, est susceptible de décourager les structures internationales, pouvant conduire à leur redomiciliation vers des juridictions offrant un meilleur rapport coût-efficacité, et que les licences de Global Business sont également assujetties à une Corporate Climate Responsibility Levy de 2 %, au-delà du taux normal de l’impôt sur les sociétés. Pour les entreprises ne bénéficiant pas d’exonérations partielles, cette contribution porte le taux effectif d’imposition à 17 %.
Mauritius Finance avait suggéré à la FSC d’évaluer avec prudence le fardeau financier cumulé des opérateurs avant toute augmentation des frais annuels de licence.