
Derrière les profils anodins de Facebook, une économie souterraine prospère en silence à Maurice. Des photos intimes vendues à Rs 500 les dix clichés, des acheteurs piégés et rançonnés, des victimes condamnées au silence par la honte. ION News a enquêté sur un phénomène qui touche bien plus de Mauriciens qu’on ne le croit.
« C’est devenu facile de gagner de l’argent comme ça »
Notre rédaction a pu recueillir le témoignage d’une jeune femme que nous appellerons « Nadia », prénom d’emprunt, qui a accepté de parler sous couvert d’anonymat. Elle décrit sans détour une pratique qu’elle dit avoir observée dans son entourage, et à laquelle elle a elle-même participé.
« Au début, c’est juste pour arrondir les fins de mois. Tu postes sur Facebook, tu trouves des acheteurs facilement. Rs 500 pour 10 photos, les gens paient sans hésiter en utilisant Juice. Certaines filles font ça régulièrement, même des étudiantes. C’est devenu banal. »
Elle décrit un marché informel qui s’organise via des messageries privées sur Facebook, parfois sur des groupes fermés, où des tarifs sont négociés directement entre vendeurs et acheteurs. Aucune plateforme officielle, aucune traçabilité, aucune protection pour aucune des deux parties.
Le piège du chantage : Quand l’acheteur devient la victime
Ce qui commence comme une transaction commerciale peut rapidement tourner au cauchemar pour l’acheteur. Selon plusieurs sources concordantes, un schéma de sextorsion s’est développé en parallèle de ce marché informel.
Le mécanisme est rodé : une fois les photos achetées et les coordonnées de l’acheteur obtenues, certaines vendeuses ou leurs compagnons recontactent la victime en exigeant une somme d’argent supplémentaire sous peine de divulguer la transaction à l’entourage, aux collègues, ou à la famille.
« L’homme ne peut rien faire. S’il va à la police, il doit expliquer pourquoi il achetait des photos. Sa réputation est détruite avant même que le chantage soit prouvé. Alors il paie. Et parfois, il paie encore », explique Nadia.
Les victimes se retrouvent ainsi dans un double piège. La honte d’avoir participé à la transaction les empêche de porter plainte, ce qui garantit l’impunité des auteurs du chantage. Les forces de l’ordre mauriciennes sont rarement saisies de ces affaires, précisément parce que les victimes préfèrent payer plutôt que d’exposer leur comportement.
Les photos revendues : Une violation répétée
Le préjudice ne s’arrête pas là. Selon Nadia, il arrive fréquemment que les photos achetées soient revendues à d’autres acheteurs, parfois à plusieurs reprises, sans que la personne photographiée en soit informée ni y consente. Cette pratique constitue une violation grave de la vie privée et tombe sous le coup de plusieurs dispositions légales à Maurice.
OnlyFans et les plateformes mondiales : Une réalité mauricienne
Au-delà du marché informel local sur Facebook, le phénomène s’inscrit dans une tendance mondiale. Des plateformes légales comme OnlyFans, Fansly ou Patreon permettent à des créateurs de contenu adulte de monétiser leurs productions de manière encadrée, avec des abonnements pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars par mois.
Ces plateformes sont utilisées par des Mauriciens, hommes et femmes qui y voient une source de revenus complémentaires ou principale. Contrairement au marché informel de Facebook, ces plateformes offrent un cadre légal, mais elles soulèvent des questions sociétales sur la normalisation de l’industrie du sexe en ligne, l’impact sur les jeunes et les risques liés à l’exposition numérique permanente.
Une société face à ses contradictions
Ce phénomène met en lumière une tension profonde dans la société mauricienne : d’un côté, une demande réelle et croissante pour ce type de contenu ; de l’autre, un cadre social et moral qui condamne publiquement ceux qui y participent, vendeurs comme acheteurs. Cette hypocrisie collective crée les conditions idéales pour que les abus prospèrent dans l’ombre.
La question n’est pas de juger les individus, mais d’interroger collectivement les mécanismes qui permettent à ces pratiques de se développer sans contrôle et d’en protéger les plus vulnérables en premier lieu les jeunes femmes et les étudiantes qui y voient une solution économique faute d’alternatives.
Source : Témoignage anonyme recueilli par ION News, juillet 2026.
Note de la rédaction : Cet article est le fruit d’une enquête journalistique menée dans le respect de la déontologie de la presse. Les témoignages ont été recueillis de manière anonyme afin de protéger l’identité des personnes concernées. ION News ne cautionne aucune des pratiques décrites, mais estime que l’intérêt public justifie d’en informer la population mauricienne.