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C’est un bel évènement qu’organise l’Independent Commission against Corrruption (ICAC) à partir de ce 18 février sur l’intégrité dans les affaires à Maurice. Pour cette conférence de deux jours, la Commission anticorruption bénéficie de l’appui de partenaires étrangers :  l’Organisation de coopération et de développement économiques ainsi que l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. La question demeure toutefois : de quels soutiens locaux bénéficient encore l’ICAC et son directeur général ?

On pourrait croire que le premier et le plus solide provient du bâtiment du Trésor. L’ICAC se tient d’habitude à distance du politique, rechignant à inviter des ministres à ses évènements. Or, pour la conférence qui s’ouvre demain, c’est Pravind Jugnauth en personne qui prononcera le keynote address. La preuve – pourrait-on conclure – que la commission anticorruption et surtout son directeur général sont dans les petits papiers du chef du gouvernement. C’est peut-être ce qu’on veut faire accroire. Mais dans les faits, Navin Beekarry est le choix de sir Anerood Jugnauth. Un choix avec lequel Pravind Jugnauth compose depuis qu’il est Premier ministre.

Jusqu’ici, le chef du gouvernement n’a montré aucun réel enthousiasme – professionnel ou personnel – à l’égard du patron de l’ICAC. Si ce dernier se voit volontiers à la tête de la Financial Crime Commission (FCC) annoncée depuis trois ans, Jugnauth n’a encore rien fait pour hâter l’entrée en fonction du super gendarme de la fraude, de la corruption et des crimes financiers à Maurice.

D’ailleurs, le rapport soumis par Beekarry sur la mise en place de la FCC serait en train de prendre la poussière et de servir de repas aux poissons d’argent dans un tiroir. Les lieutenants de Jugnauth ne cachent pas, non plus, leur réserve, voire leur déception par rapport au numéro un de l’ICAC. Jurant que son remplacement sera à l’agenda dès qu’on aura identifié la personne pouvant lui succéder et éventuellement également prendre les rennes de la FCC.

D’ici là, c’est au sein du comité parlementaire sur l’ICAC, fraîchement reconstitué, que le gouvernement assurera le minimum syndical en matière de soutien au patron de la commission anticorruption. Cohérent dans sa posture, le MMM n’a pas souhaité se faire représenter au sein de ce comité comptant cinq membres du gouvernement et 4 de l’opposition. La présidente du comité Naveena Ramyad aura, malgré cela, fort à faire pour calmer les ardeurs d’Arvin Boolell, Patrick Assirvaden, Farhad Aumeer, Khushal Lobine et Ritesh Ramful.

Les prochaines réunions du comité promettent en effet d’être animées. Tant de nombreux dossiers demeurent en souffrance. Allant du sort du open-and-shut case Vijaya Sumputh à une récente lettre anonyme d’employés de l’ICAC dénonçant l’attitude et les méthodes de leur chef. Tant aussi, l’institution a pris l’habitude de se complaire dans son autarcie, ne rendant de comptes à personne.

Une attitude encouragée par la regrettable disparition d’organes de surveillance comme l’Operations Review Committee ou le Community Relations and Corruption Prevention Advisory Committee. Où siégeaient des personnes externes et indépendantes de la commission: syndicalistes, anciens fonctionnaires, représentants du secteur privé, journalistes…

L’attitude de la présidente du comité parlementaire à l’égard de Beekarry sera ainsi éloquente. Sans doute briefée par sa hiérarchie, Naveena Ramyad ne se donnera pas nécessairement la mission d’agir en gardienne de but pour l’ICAC. Tant une sourde colère gronde aussi parmi le staff de l’institution que parmi ceux qui pensent avoir trop souvent trouvé des circonstances atténuantes à ce qu’il se passe au Réduit Triangle.

Plus fondamentalement, l’attitude des membres de la majorité face à l’ICAC tiendra compte de l’image de l’institution auprès du grand public. Qui ne comprend plus trop le rôle de la commission. Chargée de la lutte contre la corruption, elle semble surtout s’être spécialisée depuis quelque temps dans la saisie de biens liés à des activités illicites. Au point où la cour de l’ICAC à Réduit ressemble davantage à un showroom de vente de véhicules et bateaux d’occasion.

Si l’ICAC cesse de s’admirer et de se complaire dans d’interminables exercices d’autosatisfaction, elle ferait une chose : diligenter une étude d’opinion sur la perception du public par rapport à son rôle. Cet exercice mesurerait à quel point l’institution est aujourd’hui considérée comme une des plus inutiles et inefficaces du pays. Tant elle ne produit pas de résultats probants et d’envergure sur sa mission première : la lutte contre la corruption. Peut-être que cette étude ouvrirait alors la voie à une autre conférence – essentielle celle-là – sur la méthode à employer pour organiser un grand coup de balai.

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