
Le projet Smart City de Domaine-Les-Pailles, développé dans le cadre d’un partenariat entre la State Investment Corporation (SIC) et la société Yihai, est aujourd’hui au cœur d’une série de procédures judiciaires et d’enquêtes. Répondant hier, mardi 7 juillet, à une question parlementaire de la députée Joanna Bérenger, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a affirmé que plusieurs « manquements graves » auraient été constatés dans la gestion de ce projet, impliquant des actifs publics évalués à plusieurs centaines de millions de roupies.
Le partenariat avait été conclu en août 2015 entre la SIC et Yihai International Investment Management Limited, une société enregistrée aux îles Vierges britanniques et détenue par l’homme d’affaires chinois Li Hai. Une société locale, Yihai Investment Ltd, avait ensuite été créée afin de porter le projet, qui avait obtenu son Smart City Certificate en octobre 2019.
Selon le Premier ministre, la SIC avait apporté au projet environ 97 arpents de terrain au Domaine Les Pailles ainsi que plusieurs bâtiments existants, dont cinq restaurants, pour une valeur estimée à Rs 573,7 millions. Cette contribution représentait 49 % du capital de la société. En contrepartie, Yihai s’était engagée à investir environ Rs 1,2 milliard, comprenant Rs 598 millions en liquidités ainsi que des matériaux et équipements évalués à plus de Rs 600 millions. Or, d’après Navin Ramgoolam, seuls Rs 440 millions auraient été effectivement injectés jusqu’à présent.
Le Premier ministre a également indiqué que la nouvelle direction de la SIC aurait relevé plusieurs irrégularités. Parmi celles-ci figureraient l’absence de vérifications préalables (« due diligence ») avant la signature de l’accord avec Yihai et son principal actionnaire, Li Hai. Autre élément soulevé au Parlement : une modification du mécanisme de signature des chèques. Alors que l’accord initial exigeait deux signatures, dont celle d’un représentant de la SIC, une décision du conseil d’administration prise en mars 2018 aurait permis à Li Hai de signer seul des chèques allant jusqu’à Rs 10 millions. Selon le Premier ministre, cette modification aurait conduit au retrait d’un total de Rs 107 millions.
Navin Ramgoolam a aussi révélé qu’une résolution adoptée en juillet 2019 avait accordé à Li Hai un salaire mensuel de Rs 500 000, les impôts étant pris en charge par la société. Cette rémunération aurait pris fin en février 2026 avec l’arrivée de la nouvelle direction de la SIC. Le gouvernement fait également état d’autres manquements présumés, notamment des retards importants dans la réalisation du projet, une contribution financière incomplète, des frais de gestion impayés de Rs 10,6 millions envers Guibies Properties Ltd, l’absence de comptes audités depuis 2019, des problèmes de gouvernance ainsi que le non-paiement d’un dividende garanti de Rs 500 millions qui devait être versé à la SIC sur une période de trois ans.
Face à cette situation, plusieurs actions ont été engagées. La SIC a notamment saisi la justice afin d’empêcher Yihai International Investment Management Ltd d’exercer certains droits de vote liés au capital non libéré et de limiter la vente de villas et d’appartements. Un ordre intérimaire obtenu en mai 2024 interdit déjà à la société de vendre ou de disposer de certains actifs.
Le Premier ministre a également indiqué que l’Economic Development Board (EDB) avait réalisé une évaluation complète du projet en 2025. Le rapport ferait état de retards, de modifications du plan d’affaires, de problèmes de gouvernance et de difficultés liées aux contributions financières et aux comptes audités. L’EDB étudie désormais la possibilité de révoquer le Smart City Certificate, tout en évaluant les conséquences juridiques, financières et réglementaires d’une telle décision. Le dossier a été transmis à la Financial Crimes Commission (FCC).