Le père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation, avec les lectures du dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, de l’année liturgique B :

« En ce dimanche des Rameaux, beaucoup d’entre nous feront mémoire de l’arrivée de Jésus à Jérusalem en participant à une procession. Voilà près de 2000 ans une foule joyeuse a acclamé Jésus, monté sur un ânon, lors de son entrée à Jérusalem. Cette scène s’est produite peu avant la fête juive de la Pâque, quelques jours avant la Pâque de Jésus. Et voilà que nous, nous commémorons cet événement en ce dimanche. Imaginons cette scène, et mettons-nous parmi la foule. Sommes-nous dans les premiers rangs, parmi les hommes et les femmes qui étendent leurs manteaux sur le chemin pour baliser le parcours devant les pas de l’ânon? Sommes-nous parmi ceux qui coupent des feuillages et des palmes dans les champs voisins pour les agiter en signe de solennelle bienvenue? Sommes-nous parmi ceux qui lancent des cris de joie: « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Béni soit le Dieu d’Israël! »? Sommes-nous parmi ceux qui regardent cette scène en se tenant à distance et restent de marbre devant cette inconvenante démonstration d’excitation populaire ? Sommes-nous parmi les disciples qui accompagnent Jésus tout en étant quelque peu étonnés de cette agitation ?

 

N’hésitons pas à imaginer les personnages, qu’ils soient mentionnés ou non dans le récit évangélique, et entrons nous-mêmes dans cette scène. Puis, posons-nous la question: qu’attendons-nous de Jésus, qu’espérons-nous aujourd’hui (pour nous-mêmes, pour nos proches, pour nos pays, pour la grande communauté humaine du monde) ? En quoi, cet homme, Jésus, juché sur un ânon pour une entrée à Jérusalem qui paraît tout à la fois solennelle, dérisoire, joyeuse, surprenante et déplacée (et nous pouvons poursuivre la liste des adjectifs), rejoint-il notre profonde attente, et la bouleverse-t-il ?

 

En effet, nous qui vivons deux mille ans après cet événement, nous savons que cette entrée à Jérusalem marque aussi l’ouverture d’une semaine pascale. Celui qui est acclamé aujourd’hui sera trahi peu après par l’un de ses proches, sera traduit en justice puis condamné à mort et supplicié. En ce dimanche des Rameaux, nous entendons, lors de la lecture de la passion selon saint Marc, le grand prêtre poser à Jésus la question : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni? » et Jésus de répondre: « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel ». Nous reconnaissons en Jésus celui qui vient au nom du Seigneur. Mais, comment se fait-il que ce « Christ, le Fils du Dieu béni » soit soumis au supplice de la croix ? Et qu’est-ce que ce supplice nous dit de Dieu? Oui, nos désirs sont chamboulés, bouleversés. Ce n’est pas avec le prestige et l’éclat d’une gloire mondaine que le Fils du Dieu béni se présente pour nous montrer le chemin qui conduit à son Père, mais avec une plongée dans le déshonneur attaché à un supplice infâme. Le Dieu de gloire est celui qui assume notre condition humaine jusqu’aux situations de déréliction dans lesquelles elle peut s’enfermer jusqu’à la mort. Nous savons, déjà aujourd’hui, que nous fêterons la Résurrection peu après, mais nous savons aussi que notre accueil de la Résurrection ne peut se faire que dans la suite de notre ouverture à la Passion.

 

En ce jour où nous entrons dans la Semaine Sainte, nous pouvons donc demander au Seigneur la grâce d’entrer toujours plus profondément dans une radicale acceptation de la manière dont il nous tire vers la vie. Le Fils du Dieu béni qui entre aujourd’hui à Jérusalem nous montre un chemin qu’il nous est difficile d’imaginer. Puissions-nous accepter profondément, dans le quotidien de notre existence, la voie de la Passion et de la Résurrection de Jésus. »

 

Source : Vatican News

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