
Nick fête ses 60 ans la semaine prochaine. Il est rentré à Maurice il y a quelques mois, non par nostalgie, mais parce que le marché du travail britannique l’a laissé sur le carreau. Après 30 ans de labeur au Royaume-Uni, il pensait au moins pouvoir compter sur une pension dans son propre pays. La réforme des retraites 2026-2027 vient de lui prouver le contraire.
Le parcours de Nick : une réalité que beaucoup connaissent
Nick a quitté Maurice à 29 ans, comme des milliers de Mauriciens de sa génération. Direction l’Angleterre, pour travailler et envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Trente ans de vie en Grande-Bretagne.
Mais depuis quelques années, trouver un emploi stable au Royaume-Uni est devenu un parcours du combattant, surtout passé la cinquantaine. Nick s’est retrouvé à faire du freelance ces six derniers mois — des missions ponctuelles, sans filet, sans certitude. Face à cette précarité grandissante et avec des problèmes de santé qui compliquent davantage sa situation, il a pris une décision : rentrer à Maurice, son île, son pays, là où il pensait avoir des droits. Il arrive à quelques jours de ses 60 ans et il se dit : « Au moins, j’aurai ma pension. »
Ce que la loi dit désormais
Il avait tort. Et il n’est pas le seul à l’apprendre à ses dépens. Le Budget 2026-2027 a tout bouleversé. À partir du 1er janvier 2027, la Basic Retirement Pension (BRP) disparaît, remplacée par la State Age Pension (SAP). La nouvelle loi offre pourtant une avancée : chaque Mauricien peut désormais choisir librement de toucher sa pension dès 60 ans. Un droit flexible, présenté comme une victoire sociale. Mais pas pour Nick.
Pour bénéficier de la SAP, il faut justifier de 15 ans de résidence à Maurice depuis l’âge de 40 ans, dont trois années consécutives immédiatement avant la demande. Nick était en Angleterre pendant toute sa quarantaine et sa cinquantaine. Il ne remplit pas ce critère. Pendant que ses voisins, ses amis, ses contemporains restés au pays pourront choisir leur date de départ à la retraite dès 60 ans, lui est exclu du système — non pas parce qu’il n’a pas travaillé, mais parce qu’il a travaillé ailleurs.
Malade, sans emploi, sans pension
Rentrer travailler à Maurice ? Ce n’est pas une option pour Nick. Ses problèmes de santé l’en empêchent. Il ne peut pas reprendre une activité professionnelle régulière. Il n’est pas en mesure de subvenir seul à ses besoins par le travail. Il se retrouve donc dans une situation que personne ne devrait vivre : trop malade pour travailler, trop jeune selon les nouvelles règles pour toucher une pension mauricienne, et trop loin encore des 67 ans requis pour percevoir sa pension britannique.
Son témoignage
« Mo finn travay 30 an Angleter. Angleter finn vinn difisil — mo pa ti kapav trouv travay. Mo ena problem lasante osi. Mo finn desid rant Moris, mo pei. Mo panse ki mo merit mo pansion kouma tou dimoun. Aster zot pe dir non. Ki mo pou fer zordi ? Mo pe gagn 60 an la semenn prosenn. Mo pa kapav travay. Mo pa pou gayn pansion. Mo zis dimann ki mo pei tini mwa ziska mo pansion angle arive. Mo pa dimann kado, mo dimann seki mo merite. »
Une aide temporaire… qui disparaît aussi
Pour l’instant, Nick peut percevoir l’Income Support de Rs 10 000 par mois, mis en place pour les personnes de 60 ans non encore éligibles à la BRP. Mais cette aide est elle aussi supprimée en décembre 2026. Dans six mois, Nick se retrouvera sans aucun filet de sécurité de l’État mauricien et sans pension britannique avant encore six ans. Cet homme qui a passé sa vie à travailler rentre au pays parce qu’il n’a plus d’autre choix. Il ne peut plus travailler pour des raisons de santé et se retrouve dans un vide total.
La question que tout le monde devrait se poser
Nick n’est pas un cas isolé. Des milliers de Mauriciens de la diaspora se retrouvent dans cette situation après une vie de labeur à l’étranger. Ils sont exclus du système de retraite national par une règle de résidence qu’ils ne pouvaient pas anticiper. La nouvelle loi dit que tout Mauricien peut choisir sa pension dès 60 ans. Cette promesse ne vaut rien pour ceux qui ont quitté l’île pour survivre.
Le Premier ministre a, certes, gelé le « means test » après la pression populaire. Mais la règle des 15 ans depuis l’âge de 40 ans, elle, est en vigueur. Est-ce que Maurice protège ses enfants qui rentrent au bercail ou les punit d’avoir quitté l’île pour survivre ?