Les changements fiscaux annoncés dans le Budget 2026-2027 ne se limitent pas à une simple augmentation ou réduction de taxes. À travers les droits de douane et les droits d’accise, le gouvernement semble utiliser la fiscalité comme un outil destiné à orienter certains comportements économiques, encourager certaines activités et en décourager d’autres.

D’un côté, certaines taxes sont supprimées afin de soutenir des secteurs spécifiques. De l’autre, plusieurs produits sont davantage taxés dans des objectifs liés à la santé publique, à l’environnement ou encore à la collecte de recettes. Cette approche soulève une question : dans quelle mesure la fiscalité peut-elle réellement influencer les comportements des entreprises et des consommateurs ?

Des droits de douane supprimés pour soutenir certaines activités
Parmi les mesures annoncées figure l’abolition du droit de douane de 15 % sur les plaques de quartz utilisées notamment dans l’aménagement intérieur et la construction. Cette décision pourrait réduire les coûts d’importation pour certains opérateurs du secteur. Toutefois, une question demeure : cette réduction se traduira-t-elle par une baisse des prix pour les consommateurs ou bénéficiera-t-elle principalement aux importateurs et aux entreprises concernées ? Le Budget ne précise pas l’impact attendu sur les prix de vente.

Le gouvernement prévoit également d’exempter de droits de douane le vin importé utilisé comme intrant dans la fabrication locale de produits alcoolisés. L’objectif est d’éviter une double taxation et de soutenir les activités de transformation locale. Reste à savoir dans quelle mesure cette mesure renforcera effectivement la compétitivité des opérateurs concernés.

La fin d’une exemption pour lutter contre les abus
À l’inverse, le Budget prévoit la suppression d’une exemption accordée aux importateurs ou fabricants important des marchandises en condition Semi-Knocked Down pour transformation locale. Selon le document budgétaire, cette décision vise à prévenir certains abus liés au calcul de la valeur ajoutée locale. Toutefois, le Budget ne fournit pas davantage de détails sur l’ampleur de ces pratiques ni sur les pertes de recettes qu’elles auraient pu occasionner.

Cette mesure soulève également une autre interrogation : comment s’assurer que les opérateurs qui utilisaient légitimement ce mécanisme ne soient pas affectés par une mesure destinée à corriger des abus présumés ?

Alcool et tabac davantage taxés
Le Budget prévoit également une hausse de 10 % des droits d’accise sur plusieurs boissons alcoolisées ainsi qu’une augmentation des taxes applicables aux produits du tabac. Ces mesures s’inscrivent dans une logique fréquemment utilisée par les gouvernements à travers le monde, où la fiscalité sert également d’outil de santé publique. En augmentant le prix de certains produits, l’objectif est souvent de décourager leur consommation.

Toutefois, l’efficacité de ces mesures reste régulièrement débattue. Les hausses de prix entraînent-elles réellement une baisse de la consommation ou se traduisent-elles principalement par une augmentation des dépenses des consommateurs qui continuent à acheter ces produits ? La question se pose d’autant plus que le succès de telles mesures peut être évalué de différentes façons : par la diminution de la consommation ou par les recettes fiscales supplémentaires qu’elles génèrent.

Le plastique dans le viseur
À partir du 1er octobre 2026, le droit d’accise de Rs 2 actuellement appliqué aux bouteilles PET utilisées pour les boissons sera étendu à l’ensemble des bouteilles en plastique utilisées pour contenir tout type de produit. Cette mesure s’inscrit dans les objectifs de réduction des déchets plastiques et de promotion de pratiques plus durables.

Toutefois, contrairement au tabac ou à l’alcool, le consommateur ne choisit généralement pas le type d’emballage utilisé pour les produits qu’il achète. Les décisions en matière de conditionnement sont principalement prises par les fabricants et les distributeurs. La question est donc de savoir si cette taxe encouragera réellement une transition vers des emballages alternatifs ou si elle sera principalement répercutée sur le prix final payé par les consommateurs.

Une fiscalité de plus en plus orientée vers les comportements ?
Pris ensemble, ces changements traduisent une utilisation croissante de la fiscalité comme instrument de politique économique, environnementale et sanitaire. Certaines mesures visent à encourager l’activité économique en réduisant certains coûts d’importation. D’autres cherchent à modifier des comportements de consommation ou à corriger certaines pratiques jugées abusives.

Le Budget semble ainsi poursuivre plusieurs objectifs simultanément : soutenir certaines activités économiques, protéger la santé publique, réduire l’impact environnemental de certains produits et préserver les recettes de l’État. Reste à savoir dans quelle mesure ces ajustements fiscaux permettront d’atteindre les objectifs poursuivis. La réussite de ces mesures dépendra non seulement des recettes qu’elles généreront, mais également de leur capacité à produire les changements de comportement qu’elles semblent rechercher.