
Les mesures relatives à la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) annoncées dans le Budget 2026-2027 passent peut-être inaperçues face aux grandes réformes sociales et fiscales. Pourtant, elles touchent aussi bien le secteur financier que l’économie numérique, les organisations à but non lucratif, le secteur sportif et les consommateurs. Présentées comme des ajustements destinés à moderniser le système fiscal et à soutenir certains secteurs stratégiques, ces mesures soulèvent également des interrogations quant à leur impact réel sur l’économie.
L’une des modifications les plus importantes concerne les services fournis par les Management Companies aux détenteurs de Global Business Licences, aux trusts et aux fondations dont les bénéficiaires sont principalement non-résidents. Ces services passeront du régime « zero-rated » au régime « VAT exempt ». Cette distinction technique pourrait entraîner des conséquences pratiques pour certains opérateurs. Contrairement aux activités soumises à un taux zéro, les activités exonérées ne permettent généralement pas la récupération de certaines TVA payées en amont.
La mesure intervient dans un contexte où Maurice cherche à consolider son positionnement comme centre financier international. La question reste donc de savoir quel sera son impact sur les coûts d’exploitation des entreprises concernées et, plus largement, sur la compétitivité de la juridiction.
Régime de TVA et évolution de l’économie numérique
Les plateformes numériques et places de marché en ligne sont désormais explicitement incluses dans le champ des services numériques et électroniques. Les fournisseurs étrangers de services numériques bénéficieront par ailleurs de certaines simplifications administratives. Ces mesures visent à moderniser l’application de la TVA dans un environnement de plus en plus digitalisé. Reste toutefois à déterminer dans quelle mesure elles permettront d’améliorer la conformité fiscale tout en maintenant des conditions équitables entre les opérateurs locaux et les fournisseurs étrangers.
Les livres électroniques seront désormais exonérés de TVA. Cette mesure est susceptible de favoriser l’accès aux contenus numériques et de réduire le coût de certains ouvrages. Toutefois, son impact concret dépendra également de l’évolution du marché du livre numérique à Maurice ainsi que de l’accès des consommateurs aux appareils et aux services nécessaires à leur utilisation.
Le solaire toujours encouragé
Le gouvernement maintient l’exemption de TVA sur les systèmes photovoltaïques et leurs principaux composants, notamment les panneaux, batteries, générateurs et onduleurs photovoltaïques. Cette décision s’inscrit dans les objectifs de transition énergétique du pays. Néanmoins, certains observateurs pourraient noter que le coût d’acquisition et d’installation demeure un obstacle important pour de nombreux ménages. L’exemption de TVA constitue un incitatif, mais son efficacité dépendra également d’autres facteurs, notamment l’accès au financement.
Soutien aux ONG et aux fédérations sportives
Les ONG recevant des financements de la National Social Inclusion Foundation pourront bénéficier d’une exemption sur les biens reçus en donation de l’étranger dans le cadre de leurs activités normales. Des dispositions similaires sont prévues pour les fédérations sportives nationales recevant des dons liés aux activités sportives. Ces mesures visent à alléger les coûts supportés par ces organisations. Leur portée dépendra toutefois du nombre d’organismes susceptibles d’en bénéficier ainsi que de l’importance des dons concernés.
Des frais de « VAT ruling » en forte hausse
Parmi les mesures les plus marquantes figure l’augmentation des frais applicables aux demandes de « VAT ruling ». Pour les particuliers, les frais passeront de Rs 3 000 à Rs 5 000. Pour les entreprises, sociétés et trusts, ils augmenteront de Rs 15 000 à Rs 75 000. Le VAT ruling permet aux contribuables d’obtenir une clarification officielle sur l’application de la TVA à une transaction ou à une activité donnée. Si cette hausse peut être interprétée comme une volonté de mieux couvrir les coûts administratifs liés à ce service, son ampleur soulève certaines interrogations.
Une augmentation de cette importance pourrait-elle décourager certaines entreprises, notamment les plus petites structures, de solliciter des clarifications préalables ? À l’inverse, le gouvernement pourrait considérer que les demandes de « ruling » doivent refléter davantage le coût réel du service rendu. L’impact de cette mesure sur le recours à ce mécanisme de sécurité fiscale reste donc à observer.
Entre simplification et efficacité économique
Pris individuellement, plusieurs changements semblent répondre à des objectifs précis : soutenir la transition énergétique, accompagner la transformation numérique, alléger certaines charges pour les ONG ou encore moderniser le cadre fiscal. Toutefois, comme souvent en matière de TVA, l’effet réel de ces mesures dépendra moins de leur annonce que de leur application concrète et de leur capacité à produire les résultats recherchés.
Le Budget 2026-2027 utilise ainsi la TVA comme un outil d’orientation économique. Reste à savoir si les ajustements proposés permettront de répondre aux défis de compétitivité, de transition numérique et de développement durable auxquels le pays est confronté.

