
Sept mois après l’arrestation du magnat malgache Maminiaina « Mamy » Ravatomanga à Phoenix, le 24 octobre 2025, l’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC), portant sur des avoirs estimés à 180 millions de dollars américains (environ Rs 7,3 milliards), se poursuit. Renvois successifs devant les tribunaux, affidavits en réplique, coopération internationale et absence d’accusation formelle (main charge) alimentent désormais les interrogations sur l’évolution de ce dossier hors norme.
Car au-delà des montants en jeu et des ramifications internationales, une autre question s’impose : jusqu’à quand une personne peut-elle rester en détention provisoire pendant que l’enquête suit son cours ?
Sept mois d’une enquête qui avance au ralenti
La chronologie des événements met en lumière un dossier qui peine à franchir une nouvelle étape judiciaire.
12–13 octobre 2025 : En pleine crise politique à Antananarivo, Mamy Ravatomanga arrive à Maurice à bord d’un jet privé appartenant au groupe Sodiat.
21 octobre 2025 : La FCC obtient un Criminal Attachment Order, permettant le gel d’avoirs estimés à 180 millions de dollars américains (environ Rs 7,3 milliards).
24 octobre 2025 : L’homme d’affaires est arrêté à la clinique Premium Care sous des accusations provisoires de blanchiment d’argent et de complot (conspiracy).
Mai 2026, soit près de sept mois plus tard : Des enquêteurs de la FCC se rendent à Madagascar afin de poursuivre leurs investigations sur le groupe Sodiat.
28 mai 2026 : La FCC confirme, dans un communiqué, le maintien en détention de Mamy Ravatomanga, sans qu’aucune accusation formelle (main charge) n’ait encore été déposée.
29 juin 2026 : Devant la Bail and Remand Court (BRC), il est révélé que des enquêteurs du Parquet National Financier (PNF) français se sont rendus à la prison de Melrose afin d’interroger directement le prévenu.
Trois points qui concentrent les débats
Des renvois à répétition
Depuis plusieurs audiences, la FCC sollicite des renvois afin de produire des affidavits en réplique aux contestations introduites par la défense, notamment concernant le Criminal Attachment Order et la détention provisoire. Ces reports repoussent l’examen des différents recours déposés devant les tribunaux.
Toujours pas de “main charge”
En droit mauricien, une accusation provisoire permet aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations avant qu’une accusation formelle ne soit déposée. Mais sept mois après l’arrestation, aucune main charge n’a encore été logée.
C’est aujourd’hui l’un des principaux arguments de la défense, qui estime que la détention provisoire ne peut être prolongée indéfiniment en l’absence d’un dossier finalisé.
Une enquête aux ramifications internationales
Le dossier dépasse largement les frontières mauriciennes. Les investigations impliquent notamment Madagascar et la France, où des autorités judiciaires mènent également leurs propres investigations. Cette dimension internationale ajoute inévitablement à la complexité de l’enquête et contribue à allonger les délais.
Le dernier épisode devant la Bail and Remand Court
Lundi 20 juillet, le bras de fer judiciaire s’est poursuivi devant la Bail and Remand Court.
Par visioconférence depuis la prison de Melrose, Mamy Ravatomanga a présenté, par l’intermédiaire de ses avocats, une nouvelle demande de remise en liberté sous caution. La défense a invoqué la durée de la détention provisoire ainsi que l’absence d’accusation formelle.
La FCC s’y est opposée, estimant que le maintien en détention demeure nécessaire pour permettre la poursuite des investigations.
La magistrate n’a pas tranché sur le fond et a renvoyé l’affaire au 30 juillet 2026.
Sept mois… et après ?
Au début de cette affaire, l’attention était focalisée sur les Rs 7,3 milliards d’avoirs gelés et les soupçons de blanchiment d’argent. Sept mois plus tard, le débat s’est progressivement déplacé vers une autre question : combien de temps une personne peut-elle rester en détention provisoire pendant qu’une enquête se poursuit ?
Pour la FCC, le temps est nécessaire afin de compléter un dossier aux ramifications internationales. Pour la défense, il est devenu le symbole d’une enquête qui tarde à déboucher sur une accusation formelle.
Le 30 juillet, la justice ne devra donc pas seulement se prononcer sur une nouvelle demande de remise en liberté sous caution. Elle sera également appelée à apprécier si les délais invoqués par les enquêteurs demeurent justifiés au regard de l’avancement de l’enquête. C’est sans doute là que se jouera la prochaine étape de cette affaire.