Mise en cause au Parlement, la firme Actuarix Consulting est sortie du silence. Dans un communiqué daté du 10 juillet, le cabinet — qui conseille les fonds de pension publics et dont deux associés siègent à la commission d’experts sur la réforme des pensions — rejette tout conflit d’intérêts et détaille, point par point, sa position.
L’origine du soupçon
La controverse est née dans l’hémicycle. En marge de la réforme des pensions, l’opposition a pointé un possible conflit d’intérêts : deux membres de la commission d’experts, les actuaires Yvan Legris et Bernard Yen, sont liés à Actuarix Consulting, titulaire d’un contrat de conseil auprès du National Pensions Fund (NPF) et du National Savings Fund (NSF). Un contrat estimé à quelque Rs 3,8 millions selon les échanges parlementaires, décroché alors même que ces deux experts participaient aux travaux devant redessiner le système. La concomitance des deux rôles a suffi à nourrir le soupçon.
La défense du cabinet
Actuarix conteste cette lecture. Le cabinet affirme d’abord que l’appel d’offres pour ces services de conseil a été lancé en janvier 2026 par le ministère des Finances — et non par la commission d’experts — puis attribué le 28 avril, au terme d’un appel d’offres international ouvert passé via le système d’e-procurement de l’État. Il rappelle avoir déjà conseillé le comité d’investissement du NPF et du NSF de 2009 à 2024, gage, selon lui, d’une connaissance ancienne de ces fonds.
Sur le rôle des deux experts, le cabinet se veut catégorique. Selon son directeur général, Noor Hotee, Yvan Legris n’exerce aucune fonction exécutive et n’intervient ni dans la gestion quotidienne ni auprès des clients, tandis que Bernard Yen collabore à temps partiel, pour un nombre limité de clients dont sont précisément exclus le NPF et le NSF. Le mandat, ajoute le cabinet, est confié à une équipe dédiée, soumise à une stricte séparation des tâches et aux règles déontologiques du CFA Institute.
Actuarix insiste enfin sur la nature de son rôle. Titulaire d’une licence de conseil en investissement (restreinte) délivrée par la Financial Services Commission, la firme dit agir uniquement à titre de conseil, sans distribuer de produits ni percevoir de commissions d’apport. Elle ne gère, ne détient ni n’investit les avoirs des fonds : les décisions d’investissement, souligne-t-elle, demeurent du ressort du comité d’investissement des fonds et des autorités.
Le pouvoir maintient sa confiance
Du côté du gouvernement, le Premier ministre a renouvelé sa confiance à la commission d’experts, écarté toute révocation de ses membres et jugé injuste de leur imputer des décisions de nature politique.
Ce qui reste à établir
La mise au point d’Actuarix éclaire le processus, sans clore le débat. Le communiqué situe l’attribution du contrat au 28 avril, quand de premières informations la plaçaient début mai : un écart que les documents de l’e-procurement permettraient de trancher. Surtout, le cœur du procédé — appel d’offres réellement ouvert, cloisonnement effectif entre les deux experts et l’équipe en charge du mandat — repose sur les seules déclarations du cabinet, non vérifiées de façon indépendante à ce stade. Reste enfin l’enjeu de perception : même irréprochable sur le plan procédural, la présence, au sein d’une commission publique, de professionnels rattachés à un cabinet sous contrat avec les fonds concernés continuera d’alimenter l’interrogation.