L’affaire de la vidéo virale dans laquelle apparaîtrait le chanteur Jean Raquel Jolicoeur, connu sous le nom de scène Raquel, lors d’une supposée transaction de drogue synthétique dans un lieu public, s’est invitée ce mardi à l’Assemblée nationale. Le sujet a été soulevé par le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, lors de sa Private Notice Question (PNQ) adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a confirmé que l’artiste avait déjà été entendu par des enquêteurs.
Une PNQ centrée sur la prolifération des drogues de synthèse
La PNQ de ce mardi, axée sur la prolifération de la consommation de drogue synthétique à Maurice, a rapidement pris une tournure inattendue lorsque Joe Lesjongard a évoqué cette vidéo. Dans une scène, on observe Raquel participer à ce qui semble être une transaction de drogue en plein lieu public. Or, le 15 avril dernier, sur les réseaux sociaux, le chanteur a bien précisé que c’était justement une mise en scène pour le tournage d’un clip vidéo pour une chanson.
Le leader de l’opposition a interrogé le chef du gouvernement sur plusieurs aspects : la personne identifiée dans la vidéo a-t-elle été interpellée ? A-t-elle été inculpée ? Et quelles sont les conclusions de l’enquête menée par la police ?
Dans un premier temps, Navin Ramgoolam a indiqué que la vidéo à laquelle faisait référence Joe Lesjongard était, selon lui, une ancienne séquence datant d’avant les dernières élections générales. Le leader de l’opposition a toutefois précisé qu’il s’agissait d’une autre vidéo et a cité le chanteur explicitement.
Sur ce point, le Premier ministre a confirmé : « Il a déjà été interrogé par la police », faisant ainsi référence à Raquel. Le chef du gouvernement n’a cependant pas donné davantage de précisions sur les suites éventuelles de cette audition, ni sur d’éventuelles charges qui pourraient être retenues contre le chanteur.
Joe Lesjongard a, par ailleurs, rappelé que Raquel s’était produit lors de rassemblements publics de l’Alliance du changement durant la campagne électorale, une remarque qui a visiblement embarrassé le gouvernement.
Marchés de drogue identifiés : pourquoi pas d’interventions ciblées ?
Le leader de l’opposition a également soulevé un autre point : si les autorités ont effectivement identifié des zones de transactions de drogue à travers le pays pourquoi aucune intervention spéciale n’a été déployée pour démanteler ces marchés ? Cette question, qui s’inscrit dans le contexte plus vaste des inquiétudes concernant la consommation de drogues de synthèse et les scènes observées dans diverses localités, n’a pas eu de réponse détaillée du point de vue opérationnel.
Un dossier judiciaire toujours en cours
Pour rappel, en 2 mai 2022, une opération policière menée au domicile de Raquel Jolicoeur, chanteur du groupe Armada 666, s’était soldée par la saisie, selon la police, d’une arme à feu, de munitions, de bâtons de dynamite et d’héroïne pour une valeur estimée à Rs 10 millions. Le chanteur a toujours nié les faits, dénonçant un complot et une opération de « planting » qu’il attribue à Ashik Jagai, ancien homme fort de la défunte Special Striking Team (SST), ainsi qu’à deux de ses subordonnés.
Raquel avait obtenu sa liberté conditionnelle le 29 juin 2023. En avril 2025, il a déposé une plainte formelle contre l’ASP Jagai, le sergent Arnasala et le constable Salabee, les accusant d’avoir fabriqué des preuves dans ce dossier, dit « l’affaire planting ». Le 15 décembre 2025, deux des cinq accusations provisoires qui pesaient contre lui — l’une sous la Prevention of Terrorism Act et l’autre sous l’Information and Communication Technologies Act (ICTA) — ont été rayées par le bureau du directeur des Poursuites publiques (DPP) en cour de district de Port-Louis. Trois charges provisoires demeurent néanmoins : possession illégale d’explosifs et d’armes à feu avec l’intention de mettre des vies en danger, ainsi que trafic de drogue avec circonstances aggravantes.
L’opposition entend bien continuer à interpeller le gouvernement sur la prolifération des drogues synthétiques et sur les zones publiques identifiées comme des points de transaction, qui continuent, selon elle, d’opérer en toute impunité. Et particulièrement avec une recrudescence de consommation de drogues synthétiques, comme on peut le voir dans diverses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, presque chaque semaine.