Les amas d’algues qui s’échouent régulièrement sur les plages mauriciennes pourraient bientôt être perçus comme une ressource plutôt qu’un déchet. Face à l’augmentation de ce phénomène, accentuée par les effets du changement climatique, Maurice développe une solution innovante : transformer ces algues en compost afin de soutenir une agriculture plus durable.

Les algues marines jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes côtiers en offrant un habitat à de nombreuses espèces marines et en contribuant à limiter l’érosion du littoral. Toutefois, lorsqu’elles s’accumulent en grandes quantités sur les plages, elles peuvent nuire à la qualité de l’eau, perturber les écosystèmes et affecter l’attractivité touristique des zones côtières.

Pour répondre à ce défi, le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, a mis en place une unité de compostage à la station de recherche de Belle Mare. Cette infrastructure, construite pour un coût d’environ Rs 1,6 million, couvre une superficie de 120 m² et est capable de produire entre deux et quatre tonnes de compost par cycle.

Le procédé repose sur la valorisation d’algues fraîchement échouées, notamment les espèces Ulva et Sargassum. Après avoir été nettoyées afin d’éliminer le sable, le sel et les débris marins, elles sont mélangées à des matières riches en carbone, telles que la bagasse, les feuilles sèches ou la sciure, ainsi qu’à du fumier de volaille. Le mélange est ensuite composté pendant 14 à 16 semaines, avant d’être utilisé comme amendement organique.

Riche en nutriments, vitamines, acides aminés et hormones naturelles de croissance, ce compost améliore la structure des sols, favorise la rétention d’eau et stimule l’activité microbienne. Selon le FAREI, des essais réalisés sur des cultures maraîchères et fruitières ont donné des résultats encourageants, tout en contribuant à réduire la dépendance aux engrais chimiques importés.

Au-delà de la recherche, l’initiative vise également à développer les compétences locales. Environ 200 agriculteurs et femmes entrepreneures ont déjà bénéficié de formations pratiques sur les techniques de compostage des algues à la station de Belle Mare.

Les autorités rappellent toutefois que la collecte des algues demeure strictement encadrée. Toute personne ou organisation souhaitant récupérer des algues sur les plages doit obtenir l’autorisation du Beach Authority ainsi que du ministère de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, afin de garantir une exploitation respectueuse des écosystèmes côtiers.

En transformant une biomasse abondante en ressource agricole, Maurice entend faire du compostage des algues un levier de l’économie circulaire, conciliant protection de l’environnement, valorisation des ressources naturelles et résilience du secteur agricole face aux défis climatiques.