L’Institut français de Maurice a résonné au rythme du sega tipik. « Une revanche sur l’Histoire », comme le disait Jimmy Harmon, directeur du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, dans son discours avant que ne débute la soirée ? Sans doute. Car le sega, né de la sueur et du sang des esclaves, a fini par s’affranchir de l’opprobre qui l’a, un temps, accompagné, pour être finalement inscrit au patrimoine immatériel culturel de l’humanité.

Cela mérite d’être fêté. Surtout quand on retrouve sur la même scène différentes générations. Quand le tipik de Maurice résonne aux côtés de celui de Chagossiens et d’Agaléens. Que Josiane Cassambo partage la scène avec d’autres de sa famille, plus jeunes, à l’instar de Daniella Résidu. Que Mimose Furcy nous chante la douleur du déracinement et ses îles natales perdues il y a si longtemps. Que Menwar célèbre aussi Petite-Rivière, vivier de ségatiers qui ont marqué l’Histoire locale, comme faisant également partie du patrimoine mondial.

Le public reprend en chœur, tape des mains, met lanbians. Ils sont toutefois peu nombreux à se lancer entraîner à roul sa sega-la. Il est vrai que l’espace est exigu. Et l’amphithéâtre continue de résonner, presque deux heures durant, au son de la ravanne, du triangle, des chants que tout le monde connaît pour les avoir si souvent entendues.

Avec l’inscription du sega tipik au patrimoine mondial se pose la question de la transmission. Cet art se pratique à travers le pays, mais par qui ? Et comment ? Pour continuer à vivre, le sega tipik doit se renouveler. Mais est-ce le trahir que de sortir d’un même rythme ?