La séance, qui s’annonçait longue et tendue, a finalement été bouclée en une vingtaine de minutes. En cause : Rakesh Gooljaury, qui s’était engagé à aller vérifier des informations publiées dans un article de presse mais qui ne l’a finalement pas fait.

Au début du contre-interrogatoire du témoin vedette de l’affaire Roches-Noires, Gavin Glover a tenté d’obtenir quelques réponses à des questions déjà posées à l’homme d’affaires, le 13 juillet dernier. Notamment au sujet d’un voyage que Gooljaury a effectué à Paris. L’avocat de Navin Ramgoolam demande au témoin s’il a pu vérifier s’il était accompagné d’un de ses partenaires d’affaires. Non, affirme Gooljaury.

Glover passe immédiatement aux finances de l’ancien proche de Navin Ramgoolam. A-t-il vérifié les informations par rapport au redressement fiscal personnel que la Mauritius Revenue Authority (MRA) a initié contre lui ? «Mo pankor gagn rapor-la», esquive Gooljaury.

L’avocat de Ramgoolam poursuit sur sa lancée. Est-ce qu’il doit de l’argent à une entreprise spécialisée dans le financement de crédit à la consommation ? Oui, explique Gooljaury, en se disant incapable de donner le montant de son ardoise. A une nouvelle question, l’homme d’affaires précise que l’entreprise de crédit a saisi un terrain de l’Etat sur lequel il détenait un bail.

Et quid des revenus personnels de Gooljaury ? questionne l’avocat. «Mo pena reveni depi lane dernier», affirme le témoin, depuis que ses entreprises ont été placées sous administration judiciaire, puis liquidées. Mais ne travaille-t-il pas dans la magasin que dirige sa compagne Hannah ? «Mo ed li», confirme-t-il. Glover ne se satisfait pas de la réponse vague et demande à nouveau au témoin s’il travaille dans le magasin. «Wi, parski mo gagn enn reveni.»

Glover reprend Gooljaury sur ses incohérences. En lui rappelant qu’à la dernière audience, il avait expliqué qu’il ne se mêle pas des affaires de sa compagne Hannah Hossen. «La, ou pe dir ou ed li tousala. Sa ve dir li totalman fo saki ou ti dir dernie fwa», assène l’avocat. La conclusion contrarie Gooljaury, qui tente d’expliquer que ce n’est pas ce qu’il avait affirmé à la dernière séance de la Cour intermédiaire.

Délaissant les finances, Glover l’interroge sur une déclaration à la presse de son avocat Sanjeev Teeluckdharry en mai 2016, le jour de la condamnation de Gooljaury à 90 heures de travaux parlementaires pour avoir volontairement donné une fausse déclaration à la police. «Non, mo pa okouran», plaide Gooljaury. La réponse ne satisfait pas son interlocuteur qui s’étonne qu’un client ne s’intéresse pas à ce que dit son avocat sur son affaire. Glover s’apprête à revenir à la charge sur la question quand les représentants du bureau du Directeur des poursuites publiques objectent. Arguant que Glover repose la même question au témoin alors que celui-ci a déjà répondu.

Glover avait évoqué un article paru dans l’édition du Mauricien du 14 janvier 2015 qui mentionne que Rakesh Gooljaury a fait l’objet d’un redressement fiscal de la MRA. «Ou ti dir ou pou al cheke, eski ou finn verifie?» interroge Glover. L’homme d’affaires montre son irritation : «Mo pa trouve kifer mo bizin done. Sa pena nanye a vwar avek case Roches-Noires.»

Glover ne l’entend pas ainsi. Expliquant qu’il estime qu’il y a un lien entre les élections générales de 2014, le redressement fiscal de Gooljaury et le fait que ce dernier a finalement décidé de changer sa version des faits et de dire la vérité à la police en janvier 2015. «Mo ti gagn bann assessment apre 2015 osi», relativise le témoin.

L’avocat ne lâche pas l’affaire. Reformulant sa question à plusieurs reprises. Gooljaury demeure hermétique aux interrogations de Glover. Agacé, celui-ci s’étonne que le témoin ne comprenne pas, alors qu’il formule ses propos clairement.

Ce moment de tension amène le magistrat Raj Seebaluck à intervenir en suggérant à Glover de simplifier davantage sa question. L’avocat s’exécute. Cette fois, Gooljaury confirme qu’il n’a pas consulté l’article, ni n’est-il allé vérifier précisément les détails du redressement fiscal. Glover montre son irritation. Remarquant que Gooljaury s’était engagé à la dernière séance à aller vérifier ces éléments. Pour étayer ses dires, l’avocat cite la transcription de la dernière audition de Gooljaury qui confirme que ce dernier s’est, en effet, engagé dans le sens.

Gooljaury explique qu’il lui faudra deux ou trois jours pour vérifier ce qui lui est demandé. Ce qui force le magistrat Raj Seebaluck à intervenir une nouvelle fois : «Pa revinn dir mwa ou bizin reverifie la prosenn fwa», prévenant également le témoin qu’il lui faut aller vérifier des informations à chaque fois qu’on le lui demandera.

Les magistrats Raj Seebaluck et Razia Jannoo-Jaunbocus ont renvoyé les auditions aux 20 et 25 septembre.