« Le ‘Bill’ ne correspond pas du tout à ce qui a été discuté » entre le ministre du Travail, ses officiers et les centrales syndicales « durant plusieurs mois », affirme Ashok Subron. Le porte-parole de Rezistans ek Alternativ (ReA) s’érige contre le National Wage Consultative Council Bill, qui sera présenté en première lecture au Parlement, ce 26 avril. Ce projet de loi, comme l’a maintes fois souligné le ministre du Travail Soodesh Callichurn, permettra la mise sur pied de l’instance au sein de laquelle la question du salaire minimal sera débattue.

Or, relève Ashok Subron, les centrales syndicales se sont opposées à plusieurs reprises à un tel comité. Et ont réclamé « unanimement un ‘discussion paper’ portant sur un chiffre de référence » soumis par le gouvernement. Ce qui, poursuit l’animateur du parti au papillon, aurait permis de lancer un débat national sur la question. Au contraire de l’« opacité totale » du National Wage Consultative Council (NWCS) dont les travaux, note-t-il avec gravité, doivent être tenus confidentiels.

Cette instance, fait ressortir Subron, « prédétermine l’introduction et le mode de calcul du salaire minimal ». Et sera également amenée à se prononcer sur la compensation salariale. Pour l’animateur, c’est là un « moyen subtil et déguisé de réintroduire le ‘National Pay Council’ », mécanisme controversé mis en place sous Sithanen et démantelé depuis.

Vigilance de mise

La présentation de ce projet de loi, poursuit Subron, à une semaine du 1er-Mai est « l’acte conclusif d’un processus de sabotage des aspirations du peuple pour un salaire minimal », qui figurait pourtant en bonne place sur la liste de 12 priorités pour les premiers trois mois du gouvernement Lepep.

Le porte-parole de ReA va plus loin. Il considère le NWCS comme une « mainmise » du secteur privé mais aussi de la Banque mondiale. Il en veut pour preuve certaines sections du projet de loi, dont celles portant sur la série de critères pour déterminer le salaire minimal. Le fait que le projet de loi prévoit deux salaires de base. Ou encore la place « minoritaire » du mouvement syndical au sein du NWCS avec 7 sièges sur les 29 prévus.

Le Bill, craint Subron, vient ouvrir la voie à une élimination éventuelle des Remuneration Orders. L’animateur de ReA lance un appel à « toutes les centrales syndicales pour être très, très vigilantes » sur ce qui sera présenté, ce mardi.

«Guerre des chefs»

Le parti au papillon a aussi commenté l’actualité politique durant la conférence de presse qui a eu lieu, le 23 avril, à Moka. Depuis la prise de pouvoir de l’Alliance Lepep, constate Subron, « l’espoir placé dans l’Alliance Lepep s’est érodé assez gravement ». Il y a, dit-il, « échec de la politique économique et sociale mise en place par Vishnu Lutchmeenaraidoo ». En plus d’une « guerre des chefs pour le ‘Prime ministership’ qui fait rage au sein de l’Alliance Lepep ».

Le récent Baromètre politique de DCDM Research, souligne Ashok Subron, démontre la « dégringolade » de l’alliance au pouvoir sans que cela ne profite toutefois aux partis de l’opposition. L’animateur de Rezistans ek Alternativ y voit là un signe que « nous sommes à la fin d’un cycle » quant aux partis dits mainstream.

Fort de ce constat, Subron appelle à la mobilisation des travailleurs et surtout des jeunes, le 1er mai. Rezistans ek Alternativ s’allie, en effet, avec la General Workers’ Federation et d’autres mouvements syndicaux, écologistes et d’artistes pour une journée d’activités, de 9h à 15h, à l’amphithéâtre de Pointe-Canon. « Nous contribuons ainsi au développement d’une opposition extraparlementaire alternative, d’une force citoyenne, sociale, syndicale nécessaire à ce pays. »

Vers un retour du recensement communal ?

Le troisième volet de cette conférence de presse était consacré aux recommandations du comité Duval sur la réforme électorale. Si la question de la déclaration ethnique figurait au rang des questions sur lesquelles celui-ci devait se pencher, le résumé des propositions déposées à l’Assemblée nationale concerne uniquement le volet du financement politique, souligne Ian Jacob.

Qui plus est, explique le second animateur de la conférence de presse, le Deputy Prime minister s’est fendu de déclarations publiques pour réaffirmer le soutien du PMSD au Best Loser System et proposer la réintroduction du recensement « communal » afin de régler la question au niveau des Nations unies. Une position arriérée, poursuit Ian Jacob, qui tranche avec l’image de « parti moderne » que se donnent les bleus.

Et de se demander si, sur la question du recensement, Xavier Duval s’est exprimé au nom de son parti ou de celui du comité ministériel et donc, du gouvernement.

Rezistans ek Alternativ s’élève, par ailleurs, contre tout système de financement direct des partis politiques par l’Etat. Le parti au papillon réclame aussi que « tout financement provenant de compagnies privées soit rendu illégal », qu’elles soient locales ou internationales, tout comme les fonds provenant de sociétés religieuses.