3e publication du KDZM suite au Budget

Beaucoup de promesse ont été faites par l’Etat pour revoir l’accompagnement et l’encadrement de ces jeunes à risque. Les différents ministères de la Sécurité sociale, de l’Egalité des genres, du développement de l’enfant et du Bien-Être de la famille, ainsi que le bureau du Premier ministre avaient promis, depuis de nombreuses années, de revoir le fonctionnement du Rehabilitation Youth Centre (RYC) et le Correctional Youth Centre (CYC) pour que ces centres soient de vrais centres de réhabilitation et non de répression.

Plusieurs constats alarmants ont été faits par divers experts et institutions mauriciens dont le KDZM et l’Ombudsperson for children, et internationaux dont les Nations unies.

Les mesures proposées dans le Budget 2017 sont répressives et n’encouragent pas la réhabilitation, la réinsertion et la prévention.

  • “More technological support in the combat against crimes and juvenile delinquency”
  • “The Brigade Des Mineurs will be reinforced and will be active in regions where related cases have been detected involving juveniles”

Et avec la déclaration de la guerre contre de la drogue dans le Budget, on ne peut que s’inquiéter du sort des mineurs qui seront pris avec des substances illicites.

La délinquance juvénile est en hausse à Maurice : 4% de plus qu’en 2015, selon Statistics Mauritius.

Cela est surtout dû à la prolifération des drogues de synthèse et de drogues dures parmi les jeunes.

Il est urgent de mettre sur pied des centres adaptés pour ces mineurs en conflit avec la loi et à risque au lieu de combattre la délinquance par la répression.

Le Juvenile Act datant de 1935 et amendé en 1939 doit être totalement revu, le KDZM en a parlé en 2016, l’une de ses membres l’a aussi décrié en 2014. Notamment la section 18 de cette loi mentionnant le terme «uncontrollable child» qui est toujours en vigueur. Section selon laquelle les parents ou responsables «unable to control the juvenile» peuvent l’envoyer au Rehabilitation Youth Centre (RYC). Aberration !

L’essentiel est d’outiller les parents dans leur parentalité, de les aider à faire face à l’adolescence. Les Nations unies ont interpellé l’Etat mauricien dans leurs concluding observations à ce sujet (voir Section 69. C.).

Le Comité des Droits de l’enfant mentionne aussi l’âge de la responsabilité criminelle qui doit être introduit pour pallier les lacunes des enquêtes qui durent pendant de multiples années, faisant que des mineurs sont jugés et emprisonnés à l’âge adulte pour des délits commis dans l’enfance… Autre aberration.

La mesure 70.b. de ce même document du Comité des Droits de l’enfant fait état de la Cour de justice spécialisée pour les mineurs avec un juge formé spécifiquement. Ce serait l’une des solutions pour :

– améliorer la prise en charge des mineurs,

– réduire le nombre de détenus au RYC et le CYC.

Ces concluding observations datent de 2015. Deux ans plus tard, la situation reste inchangée. Et il s’agit de l’avenir de nos enfants !

En 2016, 188 mineurs (102 garçons, 86 filles) étaient incarcérés au RYC et 154 mineurs (149 garçons et 5 filles) au CYC. Parmi eux, 128 ont été on remand (charges provisoires) au CYC et 156 au CYC. Ces jeunes on remand attendent leur jugements et plusieurs seront transférés à la prison des adultes à 18 ans jusqu’à ce que leur cas passe en Cour. Quel non-respect des enfants qu’ils sont !

Un jugement plus rapide aurait aussi un impact sur le coût social et économique que constitue l’incarcération d’un mineur. Rs 775 sont dépensées par jour par détenu en 2016, selon Statistics Mauritius, soit Rs 282 875 chaque année par détenu.

Sans compter l’impact psychologique chez l’auteur du délit commis en tant que mineur…

Un jugement plus rapide engendrera aussi une diminution du nombre de détenus dans le milieu carcéral adulte avec moins de jeunes en prison.

Quelques recommandations :

  • Dans ce contexte, il est essentiel de pouvoir proposer un accompagnement psycho-social des pour les parents afin de renforcer leurs habiletés parentales et éviter le recours à des structures comme le RYC et CYC. La mise sur pied d’un service psycho-social-médical qui soit régulier, professionnel et accessible aux parents dans les quartiers/régions défavorisées/retirées serait une mesure de prévention essentielle. Un adolescent, selon son développement normal, questionne, discute, remet en cause les règles, ce qui ne fait absolument pas de lui un ‘uncontrollable juvenile’
  • Donner les moyens aux ONG de fournir les services nécessaires pour éviter l’incarcération des mineurs et de les aider à s’en sortir. Il serait impératif que les mineurs RYC et du CYC puissent bénéficier de formations tant scolaires que professionnelles pour une meilleure réinsertion à la suite de leur incarcération. Formations assurées par des professionnels compétents. Et il n’y a rien dans le Budget à cet effet, non plus…
  • Il est essentiel de cesser la pratique de transférer des enfants rodriguais à Maurice pour les mettre dans un centre de détention. Ces enfants sont non seulement déracinés de leur famille biologique mais aussi de leur pays.
  • Des mesures alternatives aux détentions comme :

– le Community Service Order (CSO), mesure donnée aux pédocriminels (alors qu’ils représentent un risque réel pour les enfants, quand ils sont en liberté !) mais très/trop rarement aux mineurs, seulement 2 CSO en 2016

– la réouverture des hostel homes/ half-way homes pour les mineurs. Ce sont des solutions alternatives intéressantes. La détention devrait uniquement être considérée comme dernier recours. Et dans des conditions de réelle réhabilitation mettant le bien-être de l’enfant au centre de ce temps d’enfermement.

Investir dans les jeunes Mauriciens en souffrance en créant avec eux de nouvelles opportunités personnelles et professionnelles en misant sur la réhabilitation, en ayant l’espérance qu’ils pourront trouver leur place dans notre pays : c’est cela qui nous semble prioritaire !

Nous qui sommes confrontés à plusieurs d’entre eux et qui voyons bien à quel point leur comportement n’est que symptomatique de la souffrance, de la solitude, du besoin d’exister et d’être reconnus et aimés.

Mesdames et messieurs les décideurs, choisissez bien vos priorités d’investissement !

Nous parlons de ces êtres précieux en construction, ceux et celles-là même qui constituent un quart de notre population !

Photo (illustration) : Des pensionnaires du Rehabilitation Youth Centre lors du lancement d’un programmme sportif à leur intention, en mai 2016.

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