Reprise des travaux parlementaires, ce 20 juin, après la pause-déjeuner. Après Ivan Collendavelloo dans la matinée, c’est au tour de Paul Bérenger de commenter le discours du Budget 2017-2018.

Le Premier ministre et ministre des Finances le regarde à peine. Préférant consulter ses notes. Il prend la parole après le leader du MMM, pour clore les débats budgétaires.

Pravind Jugnauth lèvera les yeux un instant au moment où Bérenger mentionnera Agaléga : «La façon de répondre du Premier ministre a semé plus de doute», note le chef des mauves.

Ignorant son appel pour des élections anticipées, le Premier ministre prend la parole quelques minutes plus tard. Notant d’emblée les «critiques constructives» mais aussi «les commentaires très injustes, pour ne pas dire la démagogie pure».

Croissance, dette publique, création d’emplois… le Premier ministre revient un à un sur les principaux arguments de l’opposition pour discréditer son Budget. Bhadain prédit une croissance de 0,6% par an sur les trois prochaines années ? «Bhad-economics», raille Jugnauth. Il répète en détachant les syllabes : «Bad economics.»

L’élu de Belle-Rose/Quatre-Bornes est absent de l’hémicycle.

Shakeel Mohamed insiste que seuls 300 emplois ont été créés l’année dernière ? Pravind Jugnauth renvoie le chef de file du PTr au Parlement au temps où, ministre du Travail, il blâmait les demandeurs d’emploi pour leur manque de volonté…

Le chef du gouvernement, s’attaquant aux critiques de Reza Uteem et de Rajesh Bhagwan quant aux affaires BAI, Betamax ou encore CT Power, rappelle ces propos de Bhagwan : «Mo prefer bwar Lysol ki al fer lalyans avek Parti travayis.» Des murmures se font entendre des travées du MMM.

La réponse du député de Beau-Bassin/Petite-Rivière fuse : «Mo la, mo pou ankor la, to pa pou la!», provoquant l’hilarité.

«Ça n’a aucune importance, je m’en irai», rétorque Pravind Jugnauth alors que Maya Hanoomanjee tente de ramener le calme.

Bhagwan n’en a pas fini : «To pou res plore, bat lamok. Mo pou donn twa enn lamok…» La Speaker rappelle tour à tour Mahen Jhugroo et Rajesh Bhagwan à l’ordre.

Le Premier ministre reprend la parole : «You will outlive me, good for you.» Alors qu’il poursuit son discours, Bhagwan termine sa pensée : «Mo pa’nn trap beki mo papa, mwa.»

Pravind Jugnauth n’en a pas fini avec le retour vers le passé, rappelant l’alliance conclue par les mauves avec le PTr. Photo de Rajesh Bhagwan à l’appui, qu’il montre autour de lui.

Bérenger ne se contient pas : «Kan to ti pe sote ek drapo rouz, lerla ?»

La Speaker arrive à ramener le calme. Pravind Jugnauth poursuit ses moqueries qui provoquent un rire France du côté de la majorité. «Moi, j’ai eu ma [sic] baise-main. Mais ça, c’est quel genre de baiser ? (…) Peut-être devrais-je ‘table’ celle-ci…» suggère le leader du MSM alors que Bhagwan lui signifie : «Mo pa gagn sa traka-la, mwa.»

Assis à sa place, Veda Baloomoody intervient. Jugnauth ne lâche pas le morceau : «Vous êtes en train de donner des leçons, mais si vous aviez ses mêmes principes, pourquoi vous avez fait cette alliance ?»

La réponse de Bérenger ne se fait pas attendre : «Be si pa ti ena Medpoint, to ti pou ankor ar li.»

Les vives protestations du MMM se poursuivent, le Premier ministre lâche : «Ale do ta !»

Maya Hanoomanjee se lève, demandant à la Chambre de parler «décemment».

Au milieu des commentaires qui fusent des bancs mauves, Pravind Jugnauth en profite pour «solliciter l’avis» de la Speaker, indiquant que ses collègues et lui-même ont «calmement » écouté Bérenger plus tôt, alors que lui est sans cesse interrompu.

Le leader du MMM l’interrompt : «Mo pa ti pe koz bann betiz koumsa!»

«J’essaie de calmer les deux côtés de la Chambre. Je demande [à tous] de ne pas donner dans la provocation», interjette Hanoomanjee.

Pravind Jugnauth reprend son fil, celui de la conclusion de l’alliance PTr-MMM, dont il a ramené d’autres photos. Notant au passage que Shakeel Mohamed n’y figure pas, tout comme le député de Port-Louis n’aurait pas été invité aux fêtes qu’organisait Ramgoolam à la Clarisse House…

La remarque est marquée par un «Ouf !» sonore de Bérenger, qui n’échappe pas au chef du gouvernement. «Je sais que vous êtes fatigué», lui dit-il, narquois. «Stupidity, I don’t like», rétorque le chef des mauves, qui reprend ses «Ouf! Ouf ! Ouf !» de plus bel et plus fort.

Pravind Jugnauth reprend son rappel des tractations parallèles du MMM alors que le parti faisait encore partie du Remake. Maya Hanoomanjee rabroue, dans le même temps, Mahen Jhugroo qui interrompt le Premier ministre et «make[s] provocations».

«Les mo koze», le prie Pravind Jugnauth. Même Ravi Rutnah en rit.

Pravind Jugnauth a une «vraie histoire» à raconter, «la population m’écoute !». Il évoque les démentis de Bérenger, à l’époque, à sir Anerood Jugnauth sur les rumeurs d’alliance avec le PTr. «Koz Maunthrooa ! Sa ki nou ti koze ?!» s’époumonne Bérenger.

Alors que Hanoomanjee rappelle que les interventions ne doivent pas porter sur des «extraneous matters», Pravind Jugnauth insiste qu’il répond aux arguments de Reza Uteem.

A un moment donné, Xavier Duval interroge la Speaker : «This is summing up?» Pravind Jugnauth s’emporte : «Ki summing up?» Le leader de l’opposition répond : «Pe koz ar twa la ? Mo pe koz ek li.»

Pravind Jugnauth revient sur la réunion de La Caverne. A peine a-t-il le temps de placer quelques mots que Bérenger l’interrompt : «Rubbish ! Rubbish !» Le Premier ministre prend à témoin certains de ses ministres qui, dit-il, étaient aussi présents à cette rencontre. Etaient présents, énumère-t-il : Nando Bodha, Leela Devi Dookun-Luchoomun, Showkutally Soodhun… Bhagwan lance à ce dernier : «Ki sann-la ki pou krwar twa?»

Le tapage du côté du MMM reprend de plus bel. Hanoomanjee est debout et menace de suspendre la séance. Rappelant la longue séance de la veille et le committee of supply qui doit suivre.

Jugnauth reprend, est de nouveau interrompu par les «Medpoint! Nou ti diskit Medpoint! Tonn boure, tonn sove lor Medpoint!» de Bérenger et autres propos du MMM.

Bhagwan, regarde Gungah mais s’adresse au Premier ministre : «Gungah ti al manz pizza ek twa, rapel?»

Prem Koonjoo intervient : «E ! res trankil, Lysol !» Bhagwan ne se laisse pas faire : «To ti pe gele pou gagn tiket, twa!»

Hanoomanjee rappelle à l’ordre le chef des mauves pour un mot «inacceptable». «Ki ‘improper’ ?» s’étonne Bérenger, insistant en vain pour connaître le terme qui lui est reproché. «He’s putting words in my mouth that I never said», se défend-il.

Pravind Jugnauth tente d’aborder de nouveau la rencontre de La Caverne, au milieu du brouhaha ambiant. Bérenger lui lance sur un ton badin : «Souser!» La blague ne passe pas du côté de la majorité. Ni auprès de Soodhun, qui lance un «Boufon! » sonore à Bérenger. Ni auprès du Premier ministre qui, interloqué, prend à témoin la Speaker.

Hanoomanjee intervient pour calmer le jeu. Bérenger accepte de retirer ses propos.

Pravind Jugnauth reprend enfin son fil. Ponctué par des «Faux!» que lance Bérenger. Ce qui finit par exaspérer le chef du gouvernement.

Alors que les échanges sont ponctués d’une certaine «chaleur», la députée PMSD Malini Sewocksingh a, elle, visiblement froid. Elle s’enroule de son châle aux tons bleus.

Pravind Jugnauth avance dans sa narration de la «trahison». «C’est bien que je suis [sic] à la télévision pour raconter l’histoire, comment ça s’est passé !», s’exclame-t-il. «Ti krwar ti-komik pe zwe lor tv», rigole Baloomoody.

Le Premier ministre rappelle que son conseiller Maunthrooa n’est sous le coup d’aucune condamnation. Bhagwan intervient de suite: «He’s a chor [un voleur, NdlR]!» Ravi Rutnah donne de la voix : «Les li alim dife laba do, matlo!»

Pravind Jugnauth n’en a pas fini avec le MMM. Il évoque, cette fois, l’élection partielle à Moka/Quartier Militaire de 2009 et la candidature d’Ashock Jugnauth à sa propre succession comme député, bien que condamné pour corruption. En 2014, il était de nouveau candidat malheureux de l’alliance PTr-MMM.

Bhagwan rappelle à Pravind Jugnauth : «To chacha sa!»

Pravind Jugnauth, un brin méprisant : «Han ! Aster chacha !» Avant d’ajouter : «Met pwazon dan lespri dimoun!»

Du côté du MMM, on lui lance : «Medpoint to pa pou koze ?!» La réplique fuse toute de suite : «Medpoint ? Claque tu as eue… vous avez eu claque avec la Cour suprême ! La Cour suprême t’a claqué !»

Maya Hanoomanjee intervient encore une fois. Attirant l’attention des parlementaires sur la présence des fonctionnaires dans l’hémicycle, en prévision de l’étude en comité des dotations budgétaires.

Le Premier ministre ne digère pas les commentaires sur l’affaire Medpoint, et invite Bérenger à répéter ses dires hors de l’hémicycle. Bérenger riposte : «Al devan Privy Council! Pou la premyer fwa, nou pou gagn enn Premye minis ki pou kondane !»

«Ale do! Boufon! Boufon!» l’invective Jugnauth.

Maya Hanoomanjee menace encore une fois de suspendre la séance. Quelques piques plus tard, Pravind Jugnauth évoque le cas d’Ajay Gunness, «le shérif, s’il vous plaît !» et ses déboires en cour. Veda intervient : «Pankor kondane !»

Le Premier ministre saisit la contradiction et la balle au bond : «Pankor kondane mintnan?! Pankor kondane mintnan ? (sur un ton faussement commisérateur) Aryo! Aryo Veda! Aryo!»

La Speaker est à bout de patience. Sa menace de suspension de séance est assortie d’une remarque acerbe : «Vous pourrez alors prendre tout votre temps et discuter entre vous.»

Pravind Jugnauth reprend son intervention là où il l’avait arrêté, et fâche non seulement Veda Baloomoody mais aussi Reza Uteem et Rajesh Bhagwan avec ses propos sur Gunness.

16h38. Maya Hanoomanjee jette les armes et suspend la séance pour 10 minutes. La Speaker partie, les élus mauves continuent d’apostropher le Premier ministre. Lui les ignore, échangeant quelques plaisanteries avec Collendavelloo. Tout come Soodhun.

Les parlementaires du MMM finissent par se calmer et adoptent la même attitude.

La séance reprend dans un calme relatif à 16h51. Pravind Jugnauth dénonce les Rs 10 millions du groupe BAI que le MMM aurait empochées.

Du côté des mauves, on se retient mais quelqu’un finit par lâcher : «Paul Foo Kune!»

«Nou kone ki sann-la ti donn lisans», rétorque le ministre des Finances au milieu des «Lies! Lies!» de Bérenger.

Pravind Jugnauth égratigne Aurore Perraud pour des propos qu’elle a tenus lors de son intervention sur le Budget et qu’il juge «dégoûtants et racistes». L’élue bleue ne lui accorde pas un regard : elle est plongée dans ses papiers, à prendre des notes. Le commentaire ne lui a toutefois pas échappé : «I stated what was said.»

Pravind Jugnauth arrive à la fin d’une intervention de près de deux heures. Son gouvernement, assure-t-il, ira au bout de son mandat. Comme un pied-de-nez à Bérenger qui avait demandé, à la fin de son discours, des élections anticipées avant le prochain Budget.