Les délégations envoyées vers les constructeurs automobiles mondiaux faisaient leur boulot. Il n’était cependant pas facile de trouver une porte d’entrée chez ces derniers. Comment les convaincre que le pays avait de quoi être attractif au niveau du développement automobile ? De même, il fallait trouver le premier constructeur prêt à se lancer dans l’aventure mais l’amorce tardait à se faire. Le pays commençait à produire de l’électricité. Le contexte semblait opportun et la main-d’œuvre accessible car non qualifiée mais on demandait au pays de prouver la véracité de ses dires : une vraie production électrique écologique et gratuite avec la garantie d’une fourniture durable. Il fallut donc opérer différemment.

L’intelligence économique basée sur les investissements extérieurs a été mise en veilleuse et le gouvernement a choisi d’investir localement. Le tournant a été la IIIRépublique mauricienne avec un changement complet du gouvernement et les pouvoirs accrus du président. Ce n’était plus un titre honorifique mais un vrai travail d’action et de décision. Le rôle du Premier ministre prenait une dimension exécutoire. Il devait mettre en action les décisions prises par le Président. Le programme présidentiel proposait une tournure inédite dans le paysage industriel local : toute entreprise déclarée à la Chambre de commerce et d’industrie bénéficiait d’une alimentation électrique gratuite et adaptée à sa consommation. Inutile de dire qu’il y avait des kilomètres de queue aux guichets des inscriptions pour avoir ce type d’avantages.

Avec une réduction aussi importante des coûts de production, le Made in Mauritius était vite devenu un label international qui alliait prix compétitif et développement durable. L’économie mauricienne avait repris beaucoup plus vite que n’importe quelle autre économie mondiale et la roupie mauricienne valait 3 fois plus qu’avant par rapport au dollar américain. L’inflation était stabilisée et la dette publique se positionnait sous la barre des 50 %. Le pouvoir d’achat des Mauriciens augmentait et de moins en moins de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté.

Beaucoup d’entreprises étrangères ont essayé de faire du dumping sauvage mais le fait de devoir passer par la Chambre de commerce et d’industrie fermait la porte aux dérives. De même, les entreprises illégales ont vite mis la clé sous la porte. L’inscription en Chambre de commerce et d’industrie générait des contrôles accrus sur la nature de leurs activités. Certains ont tenté de détourner les systèmes électriques domestiques mais ces derniers étaient devenus trop complexes pour les bidouilleurs. L’intégration plus importante de micrologiciels dans la distribution électrique demandait plus souvent des compétences de hacker informatique que d’électricien.

Au fil du temps, le Made in Mauritius a même pris du galon comme production dite « équitable » car les abus en termes de main-d’œuvre ouvrière avaient presque complètement disparu. La compétitivité grandissante de l’économie a aussi eu d’autres répercussions positives. Les « enfants prodigues » ont commencé à affluer. Ces derniers étaient les lauréats ou boursiers qui avaient fait vœu de ne jamais revenir travailler dans le pays après leurs études. D’autres, qui avaient tout simplement fait leurs études et leurs vies à l’étranger, avaient décidé de rentrer. Le père de Gavin en faisait partie. Associez la possibilité de rentrer chez soi, celle de travailler dans l’une des économies mondiales les florissantes au monde et les plages, et tous ceux qui dénigraient leur propre pays à un moment donné se rendaient compte que l’île était un vrai Eldorado.

[Pour lire le début : Part I  – Part II]