Elles sont dix. Des mères de famille, des citoyennes s’acquittant de leurs dettes, payant leurs factures… des femmes responsables de leur sexualité à secouer l’arbre de la débrouille chaque mois, à trace(r). Arrêtées mercredi dernier pour possession de capotes, selon la police. J’ai des capotes dans mon sac et je vais ‘tracer’ demain, allez-vous m’arrêter ?

A chaque ‘raid’ contre les travailleurs du sexe, je me demande bien en quoi cela améliore notre pays. Ces femmes pratiquent le plus vieux métier du monde en faisant attention de ne pas transmettre des MST, elles essayent de survivre dans un pays où aucune loi ne les protège, ce malgré des attaques répétées. On les inculpe de rogue and vagabond, une loi qui empêchait les travailleurs de bouger librement sous la colonisation. A l’époque, on finissait au Vagrant Depot pour des travaux forcés. Aujourd’hui, on finit avec une incarcération quand ce n’est pas une amende, à croire que les caisses de l’Etat sont avides.

J’ai une grande admiration pour ces femmes parce qu’en les côtoyant, j’ai réalisé qu’elles respectent la vie, la société et la liberté. Il est temps que nous ayons le même respect envers elles. Parce qu’une fois que l’on trace sur ce petit paradis, il est impossible de trouver une maison, un emploi décent.

Oui, beaucoup de celles que j’ai côtoyées se sont retrouvées là après une addiction. Et alors ?

Pourquoi ne pas chercher comment la drogue dure arrive en si grande quantité ? Pourquoi ne pas adopter une politique qui marche pour les usagers de drogue ?

C’est facile de jeter la pierre, de s’attaquer au plus faible quand une société, un gouvernement responsable a pour devoir d’aider les plus faibles, ceux en situation de précarité à s’en sortir, à se recycler. Pas ces programmes précarité garantie pour technicien sans avenir mais des métiers qui permettent d’avoir un salaire décent et de la dignité.

Une fois pour toute, arrêtons de se voiler la face, la prostitution a encore de beaux jours devant elle, il faut une loi pour protéger les travailleurs du sexe contre les violences dont ils sont victimes au quotidien. Une question, une petite dernière. C’est pour demain que je pourrai dire : métier, travailleur du sexe ?