Premier ministre, Navin Ramgoolam était obscène. Dans l’ostentation de sa richesse. Dans la légèreté de ses mœurs. Dans son obsession maladive à vouloir contrôler le jeu politique. Son successeur se démarque résolument de lui.

Premier ministre, sir Anerood Jugnath est vulgaire. Par son langage grossier et indélicat. Par son incapacité à discerner sa fonction de chef du gouvernement de son rôle de politicien. Par le peu de hauteur de réflexion qu’il consent. Il en a fait la triste démonstration lors du meeting du 1er-Mai de l’Alliance Lepep à Vacoas.

Commençons par l’anecdotique. Ce dimanche, le Premier ministre a choisi une nouvelle fois de répondre non pas à l’un de ses adversaires politiques majeurs. Mais à l’un de ces quidams qui ont pour hobby de s’écouter parler sur toutes les émissions d’actualité de type phone-in que diffusent les radios privées.

Il est admirable et rassurant qu’un chef de gouvernement se tienne au courant de ce que disent les citoyens sur son administration. Il existe des méthodes usitées pour cela : allant des sondages qualitatifs aux rondes dans les mariages et enterrements. SAJ, lui, écoute la radio et plus précisément ces die hards qui se pensent importants parce qu’ils s’entendent à la radio toutes les semaines. Où ils commencent leurs « interventions » par un solennel « ou pou rapel mo ti dir ki… »

SAJ a très certainement d’autres interlocuteurs plus importants à convaincre ou à contredire. Il ne semble pourtant pas le savoir car hier, c’est à un quidam qui a fait un commentaire insipide sur la performance économique du gouvernement à la radio que le Premier ministre a jugé bon de répondre pour la deuxième fois en public.

Ce que le Premier ministre sait, en revanche, c’est le poids de la diplomatie dans notre développement. A ce titre, on pourrait croire qu’il agit avec discernement à l’égard de pays amis. Or, c’est à une véritable diatribe qu’il s’est livré au sujet du Department of State des Etats-Unis. Tout cela, en se basant notamment sur une lecture erronée du Human Rights Report de 2016 sur Maurice. Le Premier ministre prend ombrage du fait que le document attribue à « des observateurs » la perception que l’affaire BAI a une dimension de « règlement de compte politique ».

Un esprit raisonnable aurait bien compris que le Deparment of State ne prend pas à son compte cette perception mais ne fait qu’en faire état. Le rapport ne dit pas, non plus, que le groupe de Dawood Rawat était « korek e onet », comme l’affirme le Premier ministre. Celui-ci est toutefois déjà arrivé à sa conclusion. Ce qui justifie, selon lui, le déversement d’un torrent d’insultes à l’égard de ce « sipaki lorganizasion kouyon o Zetazini ».

Si le pays de l’Oncle Sam est loin d’être un modèle en matière de respect des droits de l’Homme, il est quand même important de préciser qu’il y a d’autres manières de contester le contenu d’un rapport – de préférence après l’avoir lu personnellement. Mais comme pour augurer d’un réalignement de notre diplomatie, avec son nouveau tropisme pour la région du Golfe, SAJ dit très fort son dédain pour ceux qui « se baignent dans des excréments ». Délicieux langage… que Washington appréciera !

Si son langage prête au dégoût, les révélations du leader de l’Alliance Lepep lors du meeting inspirent une profonde inquiétude sur l’état de notre police et le ministre de l’Intérieur qui en a la responsabilité. Pêle-mêle, SAJ affirme que d’autres coffres-forts se trouvaient chez Ramgoolam ce fameux soir du 6 février 2015. Mais sciemment, « pou kouyonn lizie dimoun », la police n’a saisi ni tout l’argent, ni tous les documents. Pourquoi ? Parce que certains policiers « sont avec Ramgoolam » et sont « attachés » à lui. L’information provient de SAJ.

Cet aveu a de quoi choquer. En février 2015, c’est en effet sur la base de « renseignements précis » que la police avait agi. Les opérations étaient surveillées de près et supervisées par quelques ministres en vue et des conseillers du Premier ministre. Tandis que le toujours dévoué ACP Heman Jangi était à la manœuvre. On apprend aujourd’hui que ministres, conseillers et Premier ministre ont tous été dupés.

SAJ ne dit pas toutefois quand il a appris qu’il a été dupé. Il ne révèle pas non plus qui sont ceux qui ont protégé Ramgoolam et ce qui a été fait par le ministre de l’Intérieur par la suite afin que les agissements de ces policiers trop « attachés » à l’ancien Premier ministre fassent l’objet d’une enquête et éventuellement de poursuites.

En manquant de faire la distinction entre son devoir de réserve en tant que Premier ministre et sa gouaille de politicien, SAJ jette de sérieux doutes sur l’intégrité de la police dont il « conseille » pourtant le Commissaire. Notamment pour les affaires Raj Dayal et Vishnu Lutchmeenaraidoo. Le chef du gouvernement doit ainsi urgemment préciser ce qu’il a fait afin de restaurer l’ordre au sein de la force. S’il n’en est pas capable, sa propre responsabilité est engagée. Dans la mesure qu’il n’aura pas démontré qu’il a pris les mesures qu’il faut pour assainir une situation dont il a pourtant eu connaissance.

Mais il y a très peu de chances pour que SAJ interprète les choses de cette manière. Car il n’est pas dans son habitude de rendre des comptes. Ni à l’opposition, ni aux organisations internationales, ni à la presse et encore moins aux citoyens qui ont remplacé l’obscénité d’un autre par la vulgarité de celui-ci.