« Il ne faut jamais dire jamais en politique », dit l’adage. Malgré cela, il est assez improbable que l’assemblée des délégués du MMM censure le principe du Remake 2000, ce samedi. La seule vraie inconnue de la semaine demeure donc le contenu du White Paper sur la réforme électorale que Navin Ramgoolam a promis de rendre public avant la rentrée parlementaire de mardi prochain.

Le Premier ministre s’est intéressé par intermittence à ce rapport depuis des mois. Dès la finalisation de la première mouture au troisième trimestre de 2013. Geoffrey Cox, l’éminence grise juridique de Navin Ramgoolam ainsi que quelques-uns de ses proches ont trituré le White Paper afin de résoudre une équation complexe. Déterminer le nombre optimal d’élus à la proportionnelle qui puissent permettre une représentation adéquate mais contenue de l’opposition. Tout en assurant au camp vainqueur une majorité confortable et stable.

Dit comme cela, le principe semble aller de soi. Mais sa mise en œuvre arithmétique est d’une complexité inouïe dès qu’on y ajoute les équations de représentations ethniques à préserver avec la disparition du Best Loser System. Ainsi que la nécessaire augmentation de la représentation féminine au Parlement. Cette semaine, nous devrions savoir la réponse que l’équipe de Ramgoolam a apporté à la question essentielle : comment faire évoluer notre système électoral ?

Pendant un temps, quelques personnes ont suggéré à Ramgoolam de faire parvenir à Paul Bérenger une « advance copy » du rapport. Afin que les deux hommes s’entendent sur une version mutuellement acceptable, avant que celui-ci ne soit rendu public. Mais l’initiative n’a, semble-t-il, pas abouti. C’est donc avec le jugement de « flop » déjà émis que Paul Bérenger découvrira cette semaine le White Paper.

Mais au-delà de ses bravades, durant lesquelles le leader de l’opposition dira que le White Paper ne vaut rien, l’attitude de Paul Bérenger sera scrutée. Le leader de l’opposition est loin d’être dupe. Il doit savoir que la formule du Remake 2000 avec 62 députés élus au First Past the Post (FPTP) et 28 élus (directement ou indirectement) à la proportionnelle contient, en elle, des germes d’instabilité. Car arithmétiquement, plus le nombre de députés élus à la proportionnelle est élevé, plus cela risque de perturber le premier souhait de l’électorat émis à travers le FPTP. Une situation qu’aucun parti politique ne pourrait souhaiter.

Même si pour la galerie, Paul Bérenger maintiendra la ligne dure, on finira bien par lui démontrer, simulation à l’appui, que la formule du Remake pose problème. Que lui démontrera-t-on d’autre lors de ses interactions avec le Premier ministre pour discuter du White Paper ? Qu’une formule alternative est possible, aux côtés des rouges ? Ou alors qu’une vraie lutte à deux – le MMM contre le PTr avec le MSM comme parti départiteur – dans quelques circonscriptions est possible ?

Depuis quelques semaines, Paul Bérenger se plaît à rappeler que son parti peut prétendre aller seul aux élections. Certes, c’est une posture de négociation envers un MSM que le leader du MMM a finalement su remettre à sa place. Mais c’est aussi, dit-on chez les proches du patron des mauves, une tentation. Quand on sait que le cavalier seul est également une vieille tentation de Ramgoolam, on se prend à se demander si finalement le White Paper et le possible consensus qu’il peut susciter ne pourrait pas, enfin, permettre au PTr et au MMM de prendre le pari fou que leurs deux leaders caressent secrètement : se mesurer enfin, sans béquilles, lors d’une élection générale.