Un réseau de sites d’achat en ligne servirait d’écran à des transactions de jeux d’argent en ligne. L’enquête du journaliste de Reuters pour remonter cette filière l’a, entre autres, mené à une compagnie domiciliée à Port-Louis. Elle opère sous un permis Global Business de catégorie 1.

L’article rapporte comment 7 sites Web censés vendre des articles aussi variés que du tissu, des boîtes de DVD ou encore des drapeaux sont, en réalité, de faux points de vente. Tous font partie d’un système multinational d’une cinquantaine de sites liés servant à masquer les paiements de jeux de hasard en ligne, illégaux dans de nombreux pays et certains Etats des USA.

Ce procédé est appelé «blanchiment de transaction». Soit quand un commerçant en ligne traite des paiements par carte pour le compte d’un autre, ce qui peut dissimuler la vraie nature de ces transactions. Celles-ci peuvent être liées à la pédopornographie, au trafic de drogue…

Les jeux d’argent en ligne pèsent, selon Reuters, USD 40 milliards au niveau mondial, soit pas loin de Rs 1400 milliards

La Mauritian Connection

Basée à Maurice, DueXX Ltd est propriétaire d’Agora Online Services. Cette compagnie est fournisseur de services de paiement pour le poker, a indiqué une employée au journaliste qui croyait appeler le service d’assistance du site Web Myfabricfactory.com. Le journaliste, qui avait commandé du tissu sur ce site, n’avait pas été livré mais remboursé. Le site Web n’est plus en ligne mais une page Facebook à ce nom est toujours active. Anna Richardson, la préposée d’Agora, a précisé que la compagnie travaille avec des «centaines» de sites de jeux d’argent en ligne.

Andrej Brandt, listé comme directeur de Duexx Ltd, n’a répondu à aucune requête, via mail et messagerie, pour un commentaire. Au moment de la publication de l’article, la compagnie est toujours enregistrée.

A Reuters, Brandt a écrit ne pas vouloir «partager [ses] opinions et perspectives».

Les 6 autres sites utilisent le même mode opératoire : mettre en vente des produits, traiter les commandes et paiements en ligne associés, ne pas livrer, rembourser. Toutes utilisent, écrit le journaliste Alasdair Pal, le même serveur d’e-mail, et le même service de traitement de paiement (Deutsche Payment, basé à Berlin).

La compagnie propriétaire des 7 sites découverts par Reuters a été mise sur pied par Simon Dowson. Il a été impliqué, en 2015, dans une arnaque globale incluant du blanchiment d’argent.

Que peut la police ?

A la Cybercrime Unit, on indique qu’une enquête peut être déclenchée s’il y a dépôt de plainte. A Maurice, si le délit est commis dans notre juridiction. Si celui-ci survient hors de nos frontières, les autorités concernées transmettent une requête officielle via Interpol.

La police peut alors contacter la compagnie, bloquer – si besoin – les transactions qui passent par Maurice.

Une collaboration avec la Financial Services Commission et la Financial  Intelligence Unit est possible, à leur requête ou celle de la Cybercrime Unit, en fonction des éléments rassemblés durant l’investigation.

Aucune requête n’a été reçue, jusqu’ici, à propos de DueXX Ltd ou d’Andrej Brandt.

L’officier à qui nous avons parlé note toutefois qu’il est possible que certaines compagnies soient uniquement enregistrées à Maurice, sans avoir de réelles activités. Et que l’enregistrement ait été fait avec de fausses pièces d’identité, calquées sur de vraies personnes dont les données ont été repérées sur le Net ou volées.

De nombreux cas traités à la Cybercrime Unit impliquent des étrangers, relève notre interlocuteur. Qui recommande la prudence pour toute transaction en ligne et de se fier à des sites à la réputation établie.

Le transaction laundering est signalé, depuis 2015, comme l’une des préoccupations croissantes du secteur des paiements car pouvant masquer du blanchiment d’argent.

Pour lire l’enquête de Reuters, suivez ce lien. Depuis le 22 juin, date de sa publication, elle a été reprise par divers médias étrangers.